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Ma chère Margot

Mémoires d’enfance

Madeleine Gagnon

Éditions Trois-Pistoles, coll. «Écrire», 2001

105 pages.





«Honore ton nom»

Victor-Lévy Beaulieu rêvait d’une collection où les écrivains et les écrivaines s’exprimeraient sur leur démarche d’écriture. Voilà qu’il nous présente, avec les Éditions Trois-Pistoles, «Écrire», une collection fort intéressante comportant près d’une dizaine de titres à ce jour.

Madeleine Gagnon est romancière, poète et essayiste, elle exerce sa plume depuis 1969. Récipiendaire de plusieurs prix, dont le Prix de poésie du Gouverneur général du Canada pour Chant pour un Québec lointain, elle a aussi été professeure au département d’études littéraires de l’UQAM.

Dans Mémoires d’enfance, l’écrivaine relate sa venue à l’écriture. Elle retrace, dans une langue sensuelle, des fragments d’enfance devenus matière à écriture,  devenus mots et musiques. La fillette joue avec les phrases, se heurte à la matière et tente de «faire entrer la musique entendue dans les mots».

Les mots glissent, légers, dans l’air d’été trop lourd, trop chaud, jusqu’au moment où elle avoue à son père vouloir devenir écrivain. L’été de cet aveu, elle a 14 ans, ce sera le dernier été de l’enfance et de l’insouciance. À partir de là, elle devra honorer son nom comme le lui a demandé son père: «Si tu écris des livres un jour, honore ton nom, honore ta signature! La signature d’un livre est aussi importante que celle d’un chèque, les mots doivent dire la vérité comme les chiffres leur quittance!»

Le livre est construit à même la substance de l’écriture, dans de courts chapitres où l’image s’impose: celle de la lune, de la voie ferrée, d’une noyade, de la craie et de l’ardoise, puis celles des histoires saintes. C’est à travers ces images que l’écrivaine laisse émerger l’authenticité de ses fictions, car «seule la fiction peut redonner au réel dérobé sa dimension de vérité.»

Mémoires d’enfance se lit dans un souffle, celui, créateur, de la naissance à soi, signifiant pour certains de naître à l’écriture.

Sylvie Rheault
Club Culture