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Ma chère Margot
Monique Le Maner
Triptyque, 2001
192 pages
18,00$
La voie de l’imaginaire
Tous, ils nous arrivent de réécrire le passé,
omettant ou amplifiant certains détails de notre vécu. C’est à cela que nous convie Monique Le
Maner dans son roman épistolaire Ma chère
Margot. Dominique (Doudou), après des années de silence, écrit plusieurs
lettres à son amie Margot. À travers ces lettres, on comprend que les deux
amies, alors adolescentes, ont vécu un drame qui les unit toujours; dans le
sentier qu’elles fréquentaient au retour de l’école, Crabe, leur amie, a été
retrouvée morte, étranglée. Doudou sait qui a tué la fillette et elle provoque
Margot par une correspondance effrénée afin que celle-ci cesse de nier les
faits et que la vérité éclate enfin. Ces fameuses lettres, elle les écrit et
les réécrit, adoptant un style différent à chaque fois. Cela peut paraître
déroutant en début de lecture, mais on se laisse prendre par cette forme
singulière.
L’étrange amitié unissant les deux femmes demeure
plutôt équivoque, Doudou traitant Margot tour à tour de salope et de petite
chérie. Le ton est cinglant, accusateur, souvent pervers, cachant sans doute un
sentiment de culpabilité et une immense détresse. Car ces deux-là ont beaucoup
à se reprocher, elles auraient pu intervenir afin d’empêcher la mort de Crabe
ou du moins éviter la pendaison de deux innocents. De lettre en lettre, d’une
contradiction à l’autre, les faits
véritables se mettent en place et la chronologie des événements témoigne de
leurs rôles dans l’histoire.
L’auteure de La
vieille fille et le foulard rouge et d’Onésime
sait garder le lecteur attentif en le menant de la première à la dernière
lettre; sans doute la seule vraie lettre de Doudou. Mais peut-on en être sûr?
Après tout, on a compris que Dominique est enfermée dans un établissement de
santé avec des "fous". Cette vérité qui éclate n’est pas si
claire. Les frontières sont minces
entre imaginaire et réalité, entre lucidité et folie, et l’auteure cultive
superbement cette ambiguité.
Sylvie Rheault
Club Culture