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Belfond
Auteur : Stephen Fry
372
pages
ISBN : 2-7144-3844-X
Genre : roman
Pour le jeune Ned Maddstone, l’année 1980 est celle de tous les succès. Jeune homme brillant et séduisant, promu élève le plus en vue de son université et capitaine de l’équipe de cricket, il mène une vie insouciante et heureuse. D’autant qu’il vient de rencontrer la charmante Portia….
Mais il
suffira d’une promesse faite à un homme au seuil de la mort et d’un traquenard
idiot monté par des camarades jaloux pour que le destin de Ned bascule. Au bonheur et à la popularité succèdent
alors l’horreur, la solitude et la réclusion dans l’asile psychiatrique du
terrible Dr. Mallo.
Vingt
ans après, quand Ned parvient enfin à s’échapper, il n’a qu’une idée en
tête : se venger de tous ceux qui
ont conspiré contre lui, par n’importe quel moyen….
Absolument
saisissant, captivant et bien écrit, le lecteur entreprend un voyage – une
incroyable imposture – la pire qu’on puisse imaginer. Alimenté par la haine, la jalousie et la démence, nous sommes
invités à être le témoin de la destruction d’un homme sain d’esprit jusque dans
les ténèbres de la folie, habilement concoctée par un être manipulateur et
diabolique.
Ned est
un jeune homme séduisant, talentueux, bon, généreux et populaire. Fils unique d’un homme influent mais sans le
sou, voué à un brillant avenir.
Malheureusement pour lui, il fréquente deux êtres immondes, Rufus Cade et
Ashley Barson-Garlend, les deux instigateurs de cette tragique supercherie.
Ashley
Barson-Garland est issu d’un milieu défavorisé, frustré et répugnant, déterminé
à intégrer la « haute société » à n’importe quel prix. Il veut devenir un « gentleman »
bien en vue, puissant et respecté de tous.
Mais voilà, la paranoïa l’envahit, homosexuel pervers sans le sou,
il méprise au plus haut point Ned
Maddstone, représentant tout ce qu’il désire dans la vie. Il y a également Rufus Cade : fils de riche sans scrupule, méprisant,
désabusé et alcoolique.
Le
hasard a voulu qu’Ashley s’absente de son pupître pour quelques minutes,
oubliant de soustraire son journal intime des regards indiscrets. Par inadvertance, il a laissé son journal
ouvert – chose qu’il ne fait jamais - .
Le journal d’Ashley se retrouve entre les mains et sous le regard curieux
de Ned. Pensant qu’il s’agissait d’un
livre banal, Ned lit quelques passages, lesquels révèlent les secrets les plus
intimes d’Ashley. Apercevant le visage
d’Ashley derrière la porte, Ned referme subitement le journal. Il ne sait pas qu’il a laissé derrière,
l’indice vital de son indiscrétion – un trèfle à quatre feuilles tombé d’une
des pages – lequel lui vaudra les foudres d’un ennemi dont il ignore toute la
puissance. L’amour de Portia ainsi que
son bonheur vont bientôt disparaître pour ne laisser que des souvenirs. À partir de ce moment, Ashley est obsédé par
l’anéantissement de Ned.
« Dire que lui, Ashley Barson-Garland,
devait supporter d’être traité avec condescendance par ce petit crétin, cette
pub ambulante pour shampooings, ce concentré de Monsieur Propre, ce petit saint
Jean Bouche-en-cul-de-poule, ce béni-oui-oui à l’œil de velours, cette espèce
de…. »
« Ashley
savait parfaitement que les autres ne l’aimaient pas : il ne faisait pas partie de leur
clique. Il parlait comme eux mais
n’était pas l’un des leurs. Il parlait
trop bien. Toute cette bande de minus,
ces fils de pouliches de la haute et d’étalons au pedigree prestigieux, ces
fins de race employaient un langage de charretier et se comportaient comme des
voyous. Ils étaient absolument indignes
de leurs privilèges. »
Sous la
plume de Stephen Fry, le lecteur ressent cette sublimation de la haine
qu’éprouve Ashley envers Ned. Maître du
subterfuge, Ashley louvoie si bien qu’il réussit à détourner habilement la
situation à son avantage. Un plan se
dessine, petit à petit, Ashley se
prépare, tissant sa toile pour capturer sa proie. Enfin, une occasion rêvée se présente, qui lui offre la
possibilité de se venger. Bien sûr, il
s’assure de la complicité de Rufus Cade comme paravent pour arriver à ses
fins. Le plan d’Ashley réussit, Ned
disparaît. Ce qu’il ne sait pas, c’est
qu’il a déclenché une série d’événements hors de son contrôle. Se pensant à l’abri de tout soupçon, Ashley
était loin de penser qu’un jour, il rencontrerait une force dont il ne pouvait
mesurer l’ampleur. Il a commis une erreur.
Il a sous-estimé ses adversaires.
« Philip
A. Blackrow, 13 Heron Square, Londres
SW1 » est la clé de l’énigme mais au grand jamais, Stephen Fry ne dévoile
ce qui se cache derrière cette missive secrète. C’est pourtant la raison pour laquelle, Ned Maadsone disparaîtra
de la face de la terre, sans laisser de traces. C’est Oliver, un agent secret
au service de sa Majesté, qui se charge de le faire disparaître. Pourquoi ?
Parce qu’il a mis sa main sur un document pouvant détruire son nom et sa
carrière……Il n’a pas le choix. Ned
Maadstone sera déporté secrètement sur une île spéciale, loin de tous les
regards, oubliée de tous. À la fois, un
asile pour alliénés et une prison pour des traîtres à la Nation….Une île d’où
personne n’est sorti vivant jusqu’à ce jour.
Le Dr Mallo en est le maître absolu.
Ce roman
est un suspense, du début à la fin. Une
écriture expressive, une mise en scène
intelligente et brillante, digne des
plus grandes tragédies. Stephen Fry
fait preuve d’un talent incontestable pour l’analyse, l’imagination débordante,
le souci du détail, l’intrigue, la
présentation de faits incontestables et plausibles. Les autres personnages qui gravitent autour
de l’histoire sont tout aussi forts les uns que les autres. Ils renforcissent le récit.
C’est un
« Monte Cristo » moderne à l’époque du e-business et de la haute
technologie. Ce suspense haletant ne
laisse aucun répit au lecteur.
Du même
auteur :
« L’Hippopotame ».
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture