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Ma chère Margot

Îles de la Madeleine, marquises et souveraines

Sylvain Rivière

Lanctôt Éditeur, 2001

216 pages.

 

«Le lieu de l’écriture»

 

Après nous avoir transporté au coeur de sa Gaspésie natale dans Gaspésie rebelle et insoumise,  Sylvain Rivière nous entraîne maintenant dans les «îles de son âge adulte» avec son récit Îles de la Madeleine, marquises et souveraines. L’auteur habite les Îles depuis vingt ans.

Pour ce qui est de l’Histoire, on y apprend beaucoup sur l’origine de La Magdeleine, sur les premiers visiteurs et fondateurs des Îles, sur la flore et la faune, ainsi que sur la formation particulière de l’archipel: «un dépôt de sel, auquel viendra s’ajouter un dépôt sédimentaire, qui sera recouvert à son tour d’un dépôt de lave» (p. 39).

On ne peut aisément classifier ce livre, il est un heureux mélange de genres, passant du récit historique, à la poésie, au récit autobiographique. Mais sous des dehors éclatés, une certaine cohérence se dessine. Elle réside dans le ton parfois ironique, moqueur, mais surtout infiniment respectueux de l’environnement majestueux de «cet archipel à la dérive». Malgré quelques redondances, l’auteur utilise un langage fouillé, riche et fortement inspiré du caractère insulaire des lieux. Mais pour l’apprécier tout à fait, il est préférable de le déguster à petites doses, comme livre de chevet, par exemple.

À mon avis, l’intérêt premier du récit tient dans la deuxième partie où l’on passe de l’Histoire avec un grand H à l’histoire d’un homme adoptant les Îles, y élisant domicile, y pratiquant trente-six métiers et trouvant là le lieu de son écriture. Sylvain Rivière nous raconte alors son cheminement d’écrivain, et nous livre la substance de son écriture qu’il puise chez les habitants des Îles.

Les gens des Îles m’ont donné, sans le savoir, de quoi écrire à même leurs peaux ravinées d’écumes, burinées de brisants, de quoi écrire pour mille vies, et je n’en ai su prendre qu’une infime partie... ( p. 192)

Si l’archipel est comdamné à disparaître, ce livre devient nécessaire, comme une mémoire, celle des insulaires, de Lucie à Hervé à Gaston à défunt Jacques, du ponchon, des morses décimés, des falaises qui s’effritent et des mots qui glissent sur les pages blanches au gré du vent...

 

Sylvie Rheault
Club Culture