Germaine Guèvremont

Marie Didace

Édition critique par Yvan G.Lepage,
Collection Bibliothèque du Nouveau Monde,
Les Presses de l’Université de Montréal,
Montréal 1996, 446 pages. (Édition originale, Beauchemin 1947)

Publié dans un coffret de présentation
Disponible au magasin de Club-Culture

Marie-Didace: Nouvelle édition critique par Yvan G. Lepage

Quelques semaines seulement après le brusque départ du "Survenant", la banale routine est revenue au Chenal du Moine, tout comme la marée basse laisse réapparaître la même rive sale. L'absence du Survenant nourrissant cruellement l'inimitié entre Didace et son fils Amable, celui-ci choisit d'aller trouver du travail à l'extérieur. Alors qu'Angélina continue de souffrir du départ du Survenant, l'arrivée d'une nouvelle femme dans la maison, l'Acayenne, jettera de nouveau un voile sombre sur le quotidien d'Alphonsine. La naissance de sa fille, qu'elle nommera Marie-Didace, sera un minuscule ïlot de bonheur dans un torrent de misères qu'est le dénouement du récit, alors que tous les personnages subissent un malheur quelconque, qu'il soit maladie (Amable), mort (le Survenant, Didace et l'Acayenne), folie (Alphonsine) ou désespoir (Angélina).

Marie-Didace, la suite du "Survenant" tant acclamée par les critiques de l'époque mais boudée par le public, a cependant le mérite d'être l'ombre qui ennoblit l'oeuvre principale. Écrite sur un ton beaucoup plus sombre et fataliste, l'oeuvre de Germaine Guèvremont qui avoua elle-même (dans ses correspondances à Alfred Desrochers, son mentor et modèle du Survenant), avoir écrite avec bien moins d'intérêt, reste un complément indispensable à quiconque se désigne être un amateur de l'oeuvre du Survenant.

Cette nouvelle édition critiquée par Yvan G. Lepage, professeur de littérature et de philologie à l'Université d'Ottawa, est abondamment nourrie d'indications historiques et littéraires essentielles à tout analyse et fort intéressante à tout autre point de vue. Cette édition reliée et rehaussée, sur sa couverture, d'un portrait du "Blond" de Didace Beauchemin, comporte, en plus des multiples commentaires et ajouts d'informations de l'auteur,de nombreux outils littéraires susceptibles d'offrir une compréhension accrue du mythe québécois du Survenant, des notes sur l'établissement du texte, une chronologie de Geneviève Guèvremont, un patron à l'oeil du scénario, une présentation de l'auteure, un glossaire des mots utilisés (enfin) - comme fantiseux (rempli de fantaisies...) -, et même une carte de la région du Chenal du Moine, située à Sorel.

Oeuvre sous-estimée de la culture québécoise, Marie-Didace offre pourtant une description encore plus acide de la morale humaine et de son éternelle ambiguïté. Ses personnages, s'agitant dans une ambiance où le vide laissé par le départ du Survenant a pris une importance désastreuse, sont le symbole d'une réalité rurale et pauvre, il va sans dire, mais aussi profondément québécoise. Chaque personnage, mis à part le Survenant qui, lui a compris et va et vient constamment, est prisonnier de son état angoissé, de son avenir à l'image, peut-être d'une société où ses membres cherchent encore à s'établir avec fierté dans un monde hostile.

Pascal Faucher
pour Club-Culture
97/01/13