Retour à la liste

UN LIEU APPROPRIÉ

UN LIEU APPROPRIÉ

 

Boréal

Auteure :  Lise Bissonnette

200 pages

ISBN :  0-7646-0119-0

Genre :  roman

 

Prix :  19,95$

 

Résumé

Gabrielle Perron fut ministre d’un gouvernement séparatiste et se retire, encore jeune et de mouvement délibéré, dans un antre de Laval.  Elle y croise des êtres qui ont traversés les romans antérieurs de Lise Bissonnette (Marie suivait l’été, Choses crues).  L’intersection étrange et parfois mortelle entre ces vies, qui cherchent elles aussi à se défaire et refaire, se lit sur la trame politique d’un Québec assourdi par « le bruit de la nouvelle insignifiance ».  Elle serait dramatique, cette recherche parallèle, individuelle et collective, d’un « lieu approprié » qui ne cesse de se dérober, si elle n’était dite avec l’ironie et la tendresse d’un conte littéraire où l’écriture danse la fin d’un cycle qu’on pourrait appeler celui des « Faux-Semblants ».

 

 

Gabrielle, le personnage principal, se retire de l’univers politique.  Jean-Charles – son amant – la dépose à sa nouvelle demeure de Laval, rue des Bouleaux.  Gabrielle a choisi d’acheter un appartement dans un lieu qui lui était approprié.  Le récit prend la forme d’un bilan personnel et les souvenirs de son passé se bousculent.

 

Lise Bissonnette prend un soin particulier à s’attarder au moindre détail, comme s’il devenait urgent pour Gabrielle, de prendre conscience de tout ce qui l’entoure à ce moment présent :  « Elle se lève, elle va ouvrir une boîte d’asperges blanches et la nouvelle bouteille d’huile d’olive extra-vierge pressée à froid, déboucher le sauternes, allumer le grilloir. »

Elle s’est entourée d’une quantité phénoménale de bouquins, collections complètes ou non mais surtout, de livres qui ont compté pour elle, tout au long de sa vie.  Ils seront ses compagnons de voyage dans sa nouvelle retraite. 

Maintenant, Gabrielle a tout le temps de flâner, de s’attarder à des peccadilles et prendre le temps de voir venir les rides….

Pour décrire l’atmosphère des lieux, pour installer la réflexion ou emprisonner le temps, le style d’écriture emprunte un rythme lent épousant le silence…..

« Les glaçons se défont, l’eau affadit les accents d’orange et de réglisse, le dossier canné râpe le dos de Gabrielle Perron, qui croyait être en silence. »

 

Elle y fait la connaissance de Pierre, un jeune homme étrange et silencieux qui s’infiltre dans sa vie à pas de loup.  De fil en aiguille, Gabrielle se rappelle son enfance et ses premières expériences sexuelles…..ses amitiés avec Guylaine, le mariage de cette dernière avec un gentil comptable.  Elle se souvient d’une visite, juste avant la mort atroce de Guylaine à cause d’un cancer des os.  Dans un souffle, Guylaine se permettra de dire les vrais mots.  Gabrielle écoute, surprise par cet élan subit, de la bouche même de son amie qu’elle imaginait si douce, si soumise….. :  « Je te déteste.  Tu as pourri ma jeunesse.  Tu as ignoré mes enfants.  Tu as méprisé mon mari.  Tu as séduit mon père. »  Elle ne dit rien parce qu’il n’a rien à dire.

 

Le récit de jeunesse de Gabrielle décrit à la fois son appétit pour la connaissance à travers les études mais également celui pour la séduction et le libertinage.  Elle développe une double vie.

À travers Gabrielle, Lise Bissonnette étale, sur des pages blanches, des idées, des concepts, une échelle de valeur, un constat social, économique et politique.

On suit le parcours qui mènera Gabrielle en politique, à partir de l’Université où se mêlent ses conquêtes et ses amours éphémères.  « Ainsi absorba-t-elle, sans enseignement extérieur, la première règle de sa nouvelle vie.  Mettre les pervers de son côté. »

Elle nourrira l’art de la manipulation.

 

Comme un film intérieur qui se déroule au ralenti, nous partageons la vie intime d’une femme, ses rencontres avec des personnages influents comme ce sénateur, un petit homme qui était devenu sénateur par la voie des affaires plutôt que par celle de la politique, des avocats influents en matière d’investissements, des intermédiaires dominants dans le grand jeu du pouvoir absolu, celui de la politique.  « Gabrielle découvrait que, en plus d’être une voie directe pour faire avancer ses idées, la politique était le plus fascinant des kaléidoscopes. »

Incisive et critique, Lise Bissonnette trace un portrait assez percutant de nos institutions politiques et des gens qui les manipulent.

 

Pierre, Marie et les autres sont des personnages accessoires servant bien le prétexte du récit à deux niveaux :  le présent, la vie au quotidien, des événements qui se succèdent et, le passé chronologique de Gabrielle et son ascension au poste de ministre. 

 

Pendant qu’elle pense et qu’elle se rappelle des événements, des dates ou des rencontres, Gabrielle réintègre la réalité avec Pierre, le protégé de Marie, un inculte sans scolarité.  Pourtant, toutes ces petites incartades nous ramènent au présent avec le départ subit de Marie pour l’Éthiopie pour aller enseigner, laissant l’appartement à Pierre, ce jeune homme taciturne et secret.  Il y a également François, l’amant de Marie, homosexuel connu, poète et critique littéraire.

Un événement viendra brouiller les cartes.  Marie a disparu lors d’un voyage à Adis Abeba….L’ambassadeur retrouvera le cahier intime de Marie.  Cet événement inattendu provoquera un tumulte dans les vies de Gabrielle et Pierre.

 

Un soir, Pierre s’annonce à la porte de Gabrielle et lui tend le manuscrit de Marie, celui que les services fédéraux lui avaient remis à défaut de retrouver la trace d’autres intimes.

Un roman original, un « lieu approprié » pour faire le point sur toute une vie, une introspection volontaire, où filtrent par moments des sujets aussi variés que le sida, la littérature - poètes et écrivains – des peintres et la critique littéraire.

Après avoir exorciser ses démons, Gabrielle pourra enfin tourner la page et peut-être, retrouver un sens à sa vie.

 

Bonne lecture !

 

Francine Charrette

Club-Culture