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J’ENTERRE MON LAPIN

J’ENTERRE MON LAPIN

 

VLB éditeur

Auteur :  François Barcelo

120 pages

ISBN :  2-89005-762-3

 

 

Synopsis

Sylvain Beausoleil est un déficient intellectuel, muet, ce qui ne l’empêche pas de passer ses soirées à écrire un journal intime.  Il est d’ailleurs convaincu que son ordinateur lui permet de surmonter toutes les embûches de l’orthographe.  Le jour, il classe des dossiers et cachette des enveloppes pour l’Agence de gestion de greffes.  Là, comme dans sa vie personnelle, il se passe des choses qui le dépassent.  Il répète souvent :  « J’enterre mon lapin », parce qu’il pense que c’est la chose à dire quand on ne comprend rien.  Mais ce n’est pas grave, car personne ne l’entend.

 

 

Un roman écrit à la première personne, « Je » - après lecture, on comprend qu’il n’aurait pu en être autrement.  Original, sensible, l’auteur aborde une écriture différente, distincte, qui régale puisqu’il a choisit d’accorder à Sylvain, toute la place qui lui revient incluant l’écriture :  elle lui appartient.  C’est comme si l’auteur n’avait servi que d’intermédiaire.

Personnage allégorique, Sylvain a 26 ans, déficient intellectuel et muet, il écrit son journal comme il pense – à l’état pur - utilisant les mots usuels du langage courant (son vocabulaire est succinct).  Il écrit au son, ne comprenant pas toujours le mot et sa signification.  Le résultat surprend le lecteur, le déstabilise mais, c’est efficace. 

 

Le protagoniste situe son journal au présent, du début à la fin.  Pour lui, pas d’hier ni de demain.  Quand il écrit, c’est « Aujourd’hui » et pas autrement.  À bien y penser :  quand on écrit c’est sur le moment, c’est au présent…..n’est-ce pas ?

« ..Déficient c’est mieux que débile par ce que personne traitent jamais personne de déficient.  Ils disent juste T’es rien qu’un maudit débile ».

 

Des fautes de grammaire il y en a la tonne et c’est voulu par l’auteur afin de l’enrober de crédibilité et aussi pour être logique.  N’oublions pas que c’est Sylvain qui écrit.  Ce sont ses idées, ses mots, ses pensées, son vécu comme il le voit et comme il le comprend c’est-à-dire simplement.  Cette écriture est l’essence même du roman car elle appartient à Sylvain et à nul autre.

Des phrases courtes, hachurées, des interstices très imagées.  « Maryse est mariées avec Armand.  Maryse a pas d’enfant mais elle dit Qu’elle va en fer quant elle va plus travailler ».

 

Sylvain est un personnage plein d’humour, tendre, loin d’être stupide il a de l’esprit.  Le style d’écriture respire et traduit sa nature candide même si le fait de ne pas exprimer sa pensée le place dans un univers à part, celui de l’indifférence et de l’isolement.  Cependant, son journal témoigne d’une perspicacité à travers le questionnement et l’analyse sommaire de ses péripéties quotidiennes.  Il relate des faits divers, des banalités avec tant d’innocence qu’il est difficile parfois de reconnaître le déficient de la personne dite normale…..Ses réflexions sont comme un miroir limpide d’une vie qui se déroule sous ses yeux.  Il observe et dans ces observation nous retrouvons toutes sortes d’absurdités ahurissantes, sans même se douter de la malice, de la cupidité et des magouilles des gens qui l’entourent.  Tout est simple dans sa vie :  ses visites chez la travailleuse sociale, son travail, le bar « Chez Beaubien » où il déguste sa marque de bière en fournissant le « junky » du jeu de « pocker video », son petit logis, ses visites chez Armand et Maryse (sa sœur) les dimanches qu’il fait beau où il cuit les saucisses sur le « barbe qui ou ». 

En écrivant, Sylvain s’approprie un langage et sans s’en rendre compte, découvre petit à petit son passé tordu. 

 

Dans ce roman, l’auteur aborde l’amour, l’inceste, le racisme sans détour et sans s’éterniser sur le sujet.  Pas besoin de le faire puisque Sylvain n’est pas du genre à l’apitoiement, il ne fait que relater les faits sans plus.  Il ne connaît pas l’amertume, il n’est pas paranoïaque.  Il vit tout simplement.  Puis, il enchaîne sans trop se poser de questions, de toute façon ce serait des questions inutiles auxquelles il ne pourrait répondre ou auxquelles il a déjà répondu. 

 

« J’enterre mon lapin » est palpitant, intrigant, il se lit d’un trait, on le savoure !

 

 

François Barcelo

Vingt ans de carrière.  Détenteur d’une maîtrise ès arts en littéraure française à l’Université de Montréal.  En 1981 paraissait son premier roman « Agénor, Agénor, Agénor et Agénor ».  Il a été le premier Québécois publié dans la célèbre « Série noire » de Gallimard avec « Cadavres (1998), « Moi, les parapluies » (1999) et « Chiens sales » (2000).  En janvier 2000, il fait paraître « Tant pis » chez VLB éditeur.

Actuellement, il achève un roman qui s'intitulera probablement « L'ennui est une femme à barbe » (d'après la magnifique chanson La nuit est une femme à barbe, de Brigitte Fontaine).

Il travaille à un livre intitulé « Carnets de campagne », qui sera illustré d'aquarelles. Le texte est un mélange de poèmes humoristiques et de réflexions d'un citadin transplanté à la campagne.  Également, il continue à écrire pour les jeunes.

 

Bonne lecture !

 

Francine Charrette

Club-Culture