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La voie lactée
de Louise Dupré
XYZ Éditeur
210 pages
22,95$
Anne,
femme renaissante
C'est
une histoire toute fragile que celle du deuxième roman de Louise Dupré, La voie
lactée: entre désir et folie, abandon et amour. Un récit d'une
extrême retenue, écrit dans une langue sensuelle. Anne Martin,
petite fille sage devenue architecte talentueuse, découvre le désir et enfin
l'amour, après de multiples renoncements dans sa vie personnelle. Le roman
s'ouvre lors d'un colloque à Tunis où elle rencontre Alessandro,
archéologue vieillissant et veuf depuis peu: de cette aventure chacun pourra
reprendre le fil de leur vie en suspens. Et cette renaissance commune passera
par celle du corps, mémoire vibrante qui accompagne les souvenirs et qui
accomplit le présent des
sensations.
Anne
est une femme à l'image de la ville qu'elle habite et construit par son travail
d'architecte, un monde de lignes et de calculs. Ici, l'auteure a vu en
Montréal une ville de l'hiver, où le corps ploie sous les bourrasques, où Anne
veut s'enterrer en attendant de revoir Alessandro qui vit à Rome. Ils
vont ainsi correspondre par courriel durant de longs mois, la technologie
prenant le relais des silences et de leurs sous-entendus. Anne revient de
loin: une enfance vide de sens, tromperies du père, et Anna, cette tante folle
qui agonise à l'hôpital. Pour tenter d'échapper à tout autre abandon, Anne vie
selon les lignes droites de l'architecture, avec des amants qui retournent à
leur épouse, résistant aux sentiments en vivant sa vie comme un rôle d'actrice.
Par
sa prose amoureuse traversée par l'angoisse blanche, l'auteure de Noir déjà et
de Tout près séduit d'emblée dans La voie lactée. Le risque est dans le
ton, d'un romantisme presque banal, un récit "pour la télé.",
ironique face aux clichés de l'amour; "j'étais bête comme une femme sait
être bête devant un séducteur". Comme si, pour plonger dans le
risque de ce récit du sentiment amoureux, de la résistance à l'abandon, il
fallait traverser les clichés, les balbutiements, la solitude, la peur
viscérale des sentiments.
Sandra
Fillion
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