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Un jardin dans la nuit
Auteure: Hélène Monette
Éditeur: Boréal
Pages: 186
Prix: 19.95$
L’apprentissage de la cruauté
Ce sont tous des enfants, les uns l’œil insouciant, les autres d’une toute autre légèreté : devenus laboureurs d’âmes, briseurs de rêves, chasseurs d’images, égocentriques et pollueurs. Nous. Enfants et adultes de notre siècle débutant. Le livre Un jardin dans la nuit de Hélène Monette éprouve durement le lecteur: par une cinquantaine de contes et de poèmes, se déroule le fil de nos incongruités, de notre indifférence, de notre quotidien où la vitesse et l’argent a pris le dessus sur la vie et le bonheur : "On comptait sur les détails pour être diverti. On comptait ses sous pour s’offrir un présent. On comptait sur chaque seconde ? qu’elle nous endure, que l’on puisse durer. On calculait la joie des enfants pour se sentir moins moche. Mais le malheur nous regardait. Et on regardait l’heure".
C’est l’apprentissage de la cruauté. Si l’auteure de Plaisirs et paysages kitsch et de Unless savait débusquer l’hypocrisie et la violence de notre monde avec ironie, ici le ton prend une saveur franchement amère, la langue y étant à la fois sensuelle et décapante. Une enfant passionnée et libre, tête perdue dans les arbres, revenant lentement sur Terre à coups de déceptions. Kaléidoscope de l’éveil d’une conscience, entre mélancolie et dégoût, d’un pôle à l’autre de l’enchantement et du désenchantement: "Toute l’histoire est une dévoration. On a mangé la terre, et là on dévore allègrement ses restants, mais toujours et encore, on reste sur sa faim; et alors, qu’est-ce qu’on mange? Le beau ciel bleu, épais, onctueux à s’en lécher les babines. Mais on ne peut pas le bouffer comme ça. Si on savait, on n’en serait pas là, bouche ouverte et mains déçues, la langue noire".
Des contes pour enfants devenus ogres et ogresses qu’on lit parce que nécessaires, pour s’ébrouer un peu de notre quant-à-soi, de notre indifférence devant tant d’images que l’on consomme malgré soi chaque jour. Tant d’histoires qui ne sont plus celles qu’on offre aux enfants pour les border avant la nuit, des vérités honteuses et inavouées. Un livre qui ébranle, entre l’abandon paisible de l’enfant à la vie, et celui que l’on pratique trop couramment, l’abandon au cynisme.
Sandra Fillion
Club Culture