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ITINÉRANCES

ITINÉRANCES

 

Triptyque

Auteur :  Marc Ménard

ISBN :  2-89031-416-2

245 pages

 

Genre :  roman

 

Synopsis

Daniel a depuis longtemps oublié ses rêves et fantasmes de jeunesse.  Il vaque d’un petit boulot à l’autre, n’aspirant plus qu’à une vie sans soucis et surtout sans illusions.  Judith, elle, demeure attachée à ses rêves et bien décidée à tout faire pour qu’ils se réalisent enfin.  Roman de la précarité financière et sentimentale porté par un ton doux-amer et un rythme enveloppant,  « Itinérances » nous entraîne dans l’histoire de ce jeune couple moderne qui, surnageant en toute lucidité entre un présent insatisfaisant et un avenir qui n’offre que peu d’issues, refuse de baisser les bras.

 

Daniel est au chômage, désabusé et découragé, mal dans sa peau – un mal de vivre indescriptible qu’il ne peut tout à fait identifier.  Alors il observe, analyse et l’enlise de plus en plus dans la déprime quotidienne….Il y a Judith, sa compagne de vie.  Elle travaille à la pige comme informaticienne et formatrice.

Il y a également Luc, un flash dans la grisaille de la jeunesse, une bouffée d’air frais dans la glauque atmosphère de la fin de l’adolescence, flash qui avait permis à Daniel d’en sortir définitivement car il avait besoin d’un Dieu et Luc, d’un disciple.  Luc était un peu plus vieux que Daniel.  Ils se sont rencontrés au cégep.  Aujourd’hui, il est devenu journaliste.

 

Le premier chapitre déploie avec fougue et minutie l’époque de l’insouciance avec ses espoirs brumeux, l’importance du moment présent, un passé à liquider, celui des générations précédentes, l’affirmation haut et fort de ne plus croire en rien……

En fait, c’est une petite soirée entre amis nourrie de souvenirs encore brûlants…

 

Puis, Daniel se réveille avec le cafard, et la réalité brutale existentielle, « se trouver un boulot ».  Il porte un regard sur sa personne qui n’est pas très reluisant.  Le verbe est à l’imparfait, au passé simple.  « Je préférais vivre en sale petit égoïste inconscient et rester sagement assis sur ma chaise, tout en prenant bien soin de ne pas trop bousculer mon environnement, de peur que celui-ci ne se décide à répondre. »

Daniel se trouve un boulot, celui de libraire qui, en réalité, représente un travail de caissier !  (l’auteur fait allusion au titre, à l’image sociale, à la perception du succès, à l’estime de soi).

Judith, jeune femme pratique, réaliste, les deux pieds sur terre (en apparence),  a le don de tout ramener à des dimensions pratiques.   « Comme s’il n’y avait que le matériel et le tangible ! »

 

La jubilation de Daniel tourne rapidement à l’anéantissement.  Marc Ménard décrit, non sans une pointe de sarcasme, sa première journée de travail à pitonner, poinçonner, étiqueter sans cesse pendant sept heures et demie.

Cependant, Judith et Daniel semblent heureux !

Et hop ! le rythme de vie en accéléré, les heures supplémentaires, le stress font leur apparition.  « Peut-être que leur vie commune est enfin sur la bonne voie, libérés de ces immondes tracas monétaires et métaphysiques qui font de la plus banale des vies le pire des enfers. »

 

Du « tic au tac » Marc Ménard nous lance au visage, une contradiction sur la poursuite du bonheur….Quand on a pas le sou et au chômage, qu’on est jeune et plein d’espoir, on rêve d’avoir une « job » avec de l’argent pour se payer du bon temps.  Et pourquoi pas le bonheur avec ça ?

Le problème qu’il soulève est d’actualité :  on rêve de posséder ce que l’on a pas et quand on l’a, on est toujours pas heureux et le vide est toujours présent.

Georges, patron et barman du Taudis – bar du coin – symbole du refuge par excellence, représente la sagesse, le philosophe, l’ami, le confident.  Lors d’une visite, il prend Daniel au dépourvu :  « Le moment présent n’est merveilleux que lorsqu’il devient passé……….Alors si tu glorifies le passé, ce ne pourra être qu’au détriment de la jouissance du présent. »

Georges pose les vraies questions, celles que l’on évite, celles qui déclenchent le doute, celles qui dévoilent les secrets les plus intimes.

 

Couple des années 2000, enfants de la génération « Peace and Love », de l’abondance, des révolutions tranquilles, Daniel et Judith essaient de se retrouver et de capter quelques parcelles de bonheur, sans trop de heurts.  Même s’ils sont un couple nouveau genre, il n’en demeure pas moins qu’ils travaillent sans arrêt, ils se perdent de vue petit à petit et Noël arrive, c’est le désastre.  Tous les deux épuisés, ils s’effondrent sur le lit de la chambre à coucher.

Même si on se targue d’être jeunes et « nouveau genre »,  le résultat peut ressembler à du « déjà vu » puisque Daniel et Judith font face à l’inévitable, l’abominable cercle : boulot, manger, dodo.  Et comme surprise, un test de grossesse qui pourrait bien être positif !

 

Itinérances des sentiments, de deux êtres en proie à l’angoisse du quotidien, Un univers ambulant, instable, vagabond.  Daniel et Judith poursuivent chacun leurs rêves.  Les jours passent et ils s’engouffrent dans un abîme sans s’en rendre compte.  Ils font face à la médiocrité, au misérabilisme, incapables de surmonter la réalité.  Ils s’insurgent contre un système abusif, chacun à leur façon mais sans y parvenir.

Le roman de Marc Ménard revêt la quotidienneté dans toutes ses contradictions.  « Itinérances » déconcerte, interroge, trouble, surprend.  Il devient un interrupteur de rêves, un disjoncteur du présent.  Par le truchement de situations anodines, étendues dans le temps et l’espace, en passant par l’introspection. Daniel Ménard décrit ironiquement le parcours d’un jeune couple en se servant de l’irrationnel, l’idiotie, l’aberration, le paradoxe.  « Itinérances » c’est l’implosion des rêves !

 

Mais, au bout du tunnel, une lumière luit !

 

Marc Ménard est économiste et auteur de plusieurs études portant sur les industries du livre, du disque, du spectacle et de la télévision.  « Itinérances » est son premier roman.

 

Bonne lecture !

Francine Charrette

Club-Culture