

Anne Hébert est née à Sainte-Catherine de Fossambault, près de Québec, où elle a fait ses études. Après deux recueils de poèmes et un recueil de nouvelles, Le Torrent, elle publie en 1958 Les Chambres de bois, roman chaleureusement accueilli par la critique et qui lui valut le prix France-Canada. Son roman Kamouraska a obtenu le prix des Libraires en 1971, Les fous de Bassan, le prix Femina en 1982, L'Enfant de songes, le prix du Gouverneur général en 1992. Après de nombreuses années passées en France, Anne Hébert est maintenant de retour au Québec avec un nouveau roman qui promet un grand succès : Un habit de lumière.
Trois âmes, trois principales pensées sont confrontées à la réalité. Trois personnages vivent une même réalité, différemment, et Anne Hébert réussit de façon magistrale à s'immiscer dans les pensées les plus profondes des personnages. Il y a également un réel travail d'authenticité, le réalisme est la principale qualité de cette oeuvre.
Rose-Alba Almevida
: la mère et la femme, deux rôles qu'elle n'arrive pas à assumer totalement. La richesse, l'érotisme et tout ce qui brille, sont déclinés à tous les temps, de tous les modes par cette femme à l'appétit gargantuesque. Rien ne suffit, il en faut toujours plus, c'est une véritable maladie qui atteint toute la famille de cette concierge, rue Cochin, dans le cinquième arrondissement de Paris. " Rosa, Rosie, Rosita, rose d'Espagne brûlante et musquée, Rose-Alba Almevida, déraisonnable et souveraine, voici que je décline ton nom comme une litanie superbe. Que pas un cheveu de ta tête ne bouge, ni même ton souffle sous le peignoir de satin, que rien ne révèle l'état de ton âme qui se cache. Je m'abîme en silence dans des envies furieuses d'hôtel 4 étoiles, de voitures de maître avec chauffeur en livrée...afin que je sois à jamais changée en bête splendide et féroce, faite pour l'amour et le sacre... ", voilà en quelques phrases non-exhaustives le portrait tout à fait poétique de cette femme animale qui désire plaire, contre le temps.Pedro Almevida
: le mari qui prend plus une place d'amant, le père qui désire son enfant à son image. Il perdra tout, sa femme, son fils et l'argent qu'il avait mis de côté pour retourner chez lui, en Espagne. " Construire son château en Espagne ", l'expression est appropriée, la réalité est bien loin du songe pour cet espagnol au sang chaud qui considère que la virilité est la meilleure qualité de l'homme... " L'honneur de l'Espagne dans la ville étrangère, c'est moi, Pedro Almevida. Mon fils Miguel est avec moi dans le même honneur lié, main dans la main, chemise blanche contre chemise blanche... ". Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il découvre peu à peu que son unique fils, le sang de son sang aurait préféré être une fille et que sa tendre épouse est corrompue par le luxe lui-même...Miguel Almevida
: l'enfant androgyne, le garçon qui préfère se maquiller et mettre des jupes plutôt que pratiquer le karaté comme son père le souhaiterait. Souvent exclu par ses parents qui désirent vivre leur relation amoureuse ou plutôt passionnelle de façon égocentrique, il vit dans ses pensées. " Je ne sais plus où me mettre pour vivre ma petite vie d'enfant sage : apprendre mes leçons, faire mes devoirs, examiner mes bleus sur tout mon corps et maudire mon père en paix ", " En rentrant chez moi, lentement, marche après marche, traînant les pieds, j'ai tout le temps de penser que si la vie était mieux faite, la fille de Mme Guillou n'aurait pas tort de ne pas aimer les poupées et moi, raison de les adorer ". Cet enfant très efféminé va faire une rencontre déterminante, celle d'un danseur-étoile : Jean-Ephrem de la Tour, son premier grand amour.Histoire à plusieurs voix,
Un habit de lumière est un roman chargé de sensualité, de détresse et de violence, où chacun court à sa perte, mû par des désirs qui le dépassent. Une écriture magnifique, imagée et poétique, un livre contemporain, dérangeant, qui appelle à la liberté et à l'acceptation de l'autre tel qu'il est.Izabel Viaud
Club-Culture.
