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Plon
Auteure : Geling Yan
Traduit
de l’anglais par Natalie Zimmermann
ISBN : 2-259-19413-3
291
pages
Genre : roman
Fusang,
jeune Chinoise vendue par ses parents, puis kidnappée à Canton pour être
débarquée à San Francisco, va devenir à la fin du XIXe siècle la prostituée la
plus célèbre de Chinatown.
D’une
beauté foudroyante, elle séduit par sa façon unique de croquer les graines de
pastèque, par ses pieds minuscules et son chignon ensorceleur. Elle subjugue Chris, un jeune Américain de
douze ans, dont la passion amoureuse tourne à l’obsession. Elle séduit également DaYong, un brigand
chinois craint et respecté qui fomente la rébellion des coolies.
De
bordels en mauvais traitements, Fusang, atteinte de tuberculose, est soignée
par des missionnaires avant que DaYong ne l’enlève pour l’installer dans une
maison close. Elle y recueille alors
Chris et en tombe à son tour amoureuse…….
Une
épopée saisissante….un personnage mystérieux, exotique, sensuel. Jeux de paravents, derrière lesquels se
jouent la vie d’une foule d’immigrants Chinois au tournant du siècle
dernier. Plus précisément à San
Francisco. C’est l’époque de
l’esclavage, du pouvoir de l’homme blanc, d’immigrants et de bordels
clandestins, des salons d’opium etc….
Un
San Francisco en devenir où se retrouvent une concentration importante de
familles chinoises, prises au piège. Ce
sont les débuts de « Chinatown » aux Etats-Unis….
Fusang
est une toute jeune fille, vendue à un souteneur pour devenir « putain »
aux Etats-Unis. À cette époque, les
filles étaient fouettées. Une fille
n’était « rien » aux yeux des hommes….Elle s’appelle Fusang et son
premier client est encore enfant. Il
n’a que 12 ans et il s’appelle Chris.
Le
style choisit par l’auteure, amène le lecteur dans une brume indistincte. Il nous semble reconnaître la fragilité, la
beauté, la délicatesse et la discrétion de Fusang – une jeune chinoise – qui ne
connaît que quelques mots d’anglais.
Pourquoi en connaître plus ?
Elle n’est pas là pour parler mais pour s’étendre sur un lit et répondre
aux demandes de clients venus pour profiter de son corps….
Pour
contrer la cruauté de la situation, l’écriture est empreinte de poésie. « Le regard de Chris se porta aussitôt
sur ces pieds insaisissables. Toutes
les légendes se vérifiaient donc, juste sous ses yeux. Ces petites choses déformées et cependant si
magnifiques existaient bel et bien !…On e¸ut dit des queues de poisson - »
Fusang
n’avait que quatorze ans quand on la maria à un homme qu’elle ne connaissait
pas et qui plus est, vivait de l’autre côté de l’océan….Elle partit avec un
homme aux cheveux gras, rejoindre un mari fictif !
Foutaise….on
l’enlevait pour l’amener dans un pays inconnu.
Les Etats-Unis d’alors portaient le nom de la « Montagne
d’Or ». C’est ainsi que
l’appelaient les Chinois. On a recensé
plus de 3 000 jeunes filles destinées à la protitution.
Les
descriptions portent le poids des atrocités commises par des hommes, au nom de
la cupidité. De toutes jeunes filles
encore enfants, deviendront des esclaves du sexe. Beaucoup mourront à très bas âge, affamées, battues, vendues,
malades, qui subiront les pires insultes.
Les
maladies vénériennes sont chose courante et comme remède, la maquerelle
appliquait un fer chauffé au rouge sur le sexe de la jeune fille. À froid !
À
cette époque, les Chinois affluent de partout.
Ils se répandaient partout, des hordes de petits corps frêles à natte
flottante, des yeux sombres qui pouvaient tout endurer en silence et leur
patience finissait toujours par vous faire céder. « Malgré leur docilité, ils amenaient avec eux des centaines
et des milliers de petites esclaves. »
De
culture et de coutumes différentes, ces petits Chinois faisaient l’affaire des
hommes blancs. Main d’œuvre à bon marché
et abusés, ils étaient des travailleurs orgueilleux et fiables. Ils souffraient en silence, ils étaient les
« coolies ».
À
travers cette histoire touchante et captivante, l’histoire de San Francisco se
dessine et nous sommes témoins de l’émergence du « Chinatown ».
Un
mélange d’amour/haine. Yan a fait son
travail. Plusieurs années de recherche
l’ont inspirée, mêlant l’imagination à travers une histoire d’amour impossible
entre Chris et Fusang, les deux personnages principaux. Ils portent en eux tous les tabous que
nourrissent la société.
Le
lecteur s’aperçoit que de jeunes garçons, âgés entre 8ans et 14 ans, ont été
initiés – plus de 50% visitaient régulièrement les bordels Chinois -, que des
milliers de jeunes filles Chinoises sont mortes dans des conditions affreuses,
oubliées à jamais.
Geling
Yan pénètre dans les ténèbres de San Francisco à travers cette haine morbide
que les blancs nourrissaient pour ces Chinois qui les ont enrichis en
travaillant dans des mines et à la construction du chemin de fer….
Un
volet d’histoire oublié ? C’est là la
force de Yan. En fouillant l’histoire,
elle a découvert des secrets dont plusieurs sont devenus
« légendes ». Elle fait
renaître l’histoire de toute une population, des hommes et des femmes venus d’ailleurs.
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Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture