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Gaspésie, rebelle et insoumise

Gaspésie, rebelle et insoumise

 

de Sylvain Rivière

 

Lanctôt éditeur

 

164 pages

 

16,95$

 

La Floride des pauvres.

 

"Doit-on fermer la Gaspésie?"  Cette question, je l'ai entendue plus d'une fois dans les médias.  Le livre de Sylvain Rivière, Gaspésie rebelle et insoumise, pose la question à l'envers : comment la Gaspésie, ouverte à tous les vents de l'Atlantique, forte de sa présence humaine de plus de 6500 ans, aurait-elle un avenir aussi peu reluisant que celui qu'on lui promet?  Gorgée de ressources naturelles, la région s'épuise, pourtant : les jeunes partent et n'y reviennent plus; seules les vagues y reviennent.  Je le sais, je fais partie de ces gaspésiens plus nombreux à l'extérieur que dans leur région natale.

 

"Ma trop belle Gaspésie d'amour, je t'écris pour te dire que je t'aime à tous les temps.  Au présent de notre passé à venir", écrit l'auteur, d'entrée de jeu, paraphrasant le poète Gaston Miron.  Récit amoureux mais fort pertinent de l'homme de mer, poète et parolier Sylvain Rivière, Gaspésie rebelle et insoumise propose un retour sur le passé historique de la région du "bout des terres", mais aussi sur l'histoire personnelle de l'auteur, petit-fils de "mangeux de morue" comme presque tous les Gaspésiens.

 

Le passé historique, ce sont surtout les Micmacs.  Premiers habitants véritablement connus de la péninsule, même si plusieurs l'ont oublié, à commencer par Jacques Cartier qui planta sa croix à Gaspé malgré les signes du chef Donnacona pour montrer leur possession immémoriale des terres.  Puis, Rivière retrace l'histoire gaspésienne telle qu'on la connaît aujourd'hui, celle de l'arrivée du célèbre exploiteur Charles Robin, régnant deux siècles comme roi et maître sur la Gaspésie grâce au prolétariat acadien déporté en France et revenu avec lui d'Europe.

 

Enfin, brossant un portrait tragi-comique de la vie de pêcheur de morue (le livre est d'ailleurs garni d'images de l'époque) en liant Histoire et mémoire familiale, de façon sensible et perspicace, on prend véritablement le pouls du passé et de la mentalité de ce coin de pays que les touristes américains ont appelé la Floride des pauvres : "Oubliez jamais dans vos prières, mes p'tits gars, pour peu que vous jugez bon d'en faire, qu'icitte en Gaspésie, on n'a pas l'heure.on a l'temps...et comme le temps c'est de l'argent, eh ben, on est riches avant de v'nir au monde.", disait le grand-père de l'auteur.

 

Mais ce sur quoi Rivière semble intarissable, ce sont les fameux récits des quêteux de passage. Tous plus rusés les uns que les autres, ces hommes vivaient de la bohême durant l'été par obligation ou par conviction, comme Gribouille le ramancheur, et surtout Adelme Porlier, conteur fabuleux entre tous, contemplatif dans la misère, pèlerin et troubadour: "Voici pour vous réunis, mes bons amis, Adelme 1er, duc du Chikanki, qui va vous réciter une poésie.", disait l'homme en arrivant en loques mais non sans grâce.  Ainsi Rivière a-t-il connu la poésie, par un guenillou gosseux de métier, relevant du mythique, ainsi sa vie a pris le cours du poème.  Ainsi Rivière est-il conteur des petites gens qui furent ses véritables héros.

 

Passionnant, savoureux, mélancolique, vivant, vrai, Rivière montre qu'on y a toujours bien vécu, dans cette région éternellement accueillante. Pour qui voudra visiter la péninsule cet été, un petit conseil: il est préférable de s'y rendre fin juillet début août:.  Mais s'il pleut et gèle, ne gueulez tout le long du périple.Rebelle et insoumise, la Gaspésie l'est vraiment.

 

Sandra Fillion

Club Culture