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SAINTE-FUMÉE

SAINTE-FUMÉE

(Roman)

 

Édition Triptyque

Auteur :  Michel-Ernest Clément

La suite de « Phée Bonheur »

ISBN :  2-89031-412-X

 

361 pages

Prix :  23$

 

Synopsis

Alors que « Phée Bonheur » nous faisait découvrir l’univers d’une institutrice devenue boulangère par passion, « Sainte-Fumée » nous entraîne en plein cœur des années cinquante, moment crucial de l’évolution des mentalités et des institutions au Québec. 

Caius s’éveille à la chair et à la vie intellectuelle.  Faites connaissance avec la tribu :  la tante Irène, mœurs légères, libérale, elle fume sans arrêt, accompagnée d’un verre de bière à la main.  Elle aime la bonne chair et le bon vin !

Son mari, un rustre aux manières peu orthodoxes, un croque-mort animé par l’idée d’ouvrir une chaîne de salons funéraires…Roch Massu, le poltron du village, Bertrand, Oscar, Andrée, Marcelle…..Lazarre, le fossoyeur ténébreux, solitaire et ami de Caius. 

Les enfants sont devenus adultes, plusieurs se sont mariés et la famille s’agrandit.  Caius, le petit dernier, ira poursuivre ses études dans un grand séminaire c’est décidé.  Il aura la chance de devenir quelqu’un !  Mais voilà, à cette époque, les heureux élus acceptés au Séminaire, provenaient de familles illustres, bourgeoises et bien nanties….Malgré ses racines modestes, Caius sera tout de même admis, grâce à un concours parrainé par le directeur du séminaire….

 

Comme l’action se passe principalement à « Saint-Piedmont, un village situé à proximité de Villenoble, où l’on retrouve une industrie florissante et très à propos :  « Deadwilling Tobacco », L’écriture reflète les particularités de village avec ses personnages colorés.

 

Les années 50 et 60 annoncent des changements profonds.  Ce sont l’architecture, la mode, les nouvelles tendances, l’explosion de l’industrialisation et des communications (téléphone – radio – télévision).  La culture américaine envahit le Québec.  Petit à petit, les campagnes s’urbanisent.

De même, les valeurs et les traditions évoluent, au désespoir des anciens….

 

Phée essaie de comprendre en tentant de trouver sa place dans tout ce chambardement social et familial.  Ses enfants sont maintenant indépendants.  Tout ce qu’elle peut faire c’est écouter et apporter son aide au besoin. 

 

Pour Caius, il en est tout autrement.  Maintenant, il est séminariste.  Il entreprend des études supérieures qui lui permettront d’accéder à la connaissance mais à quel prix ?  Ce que l’auteur nous dévoile, ce sont les tribulations d’un jeune garçon sensible, curieux et indépendant dans un univers clos.  Être pensionnaire signifie la promiscuité, la discipline, l’apprentissage de la méfiance, de la diplomatie et surtout, l’apprentissage du silence.  Il est malgré lui, témoin de jeux de coulisse et son innocence lui joue des tours.  Il doit développer rapidement des moyens pour se protéger des abus de toutes sortes. 

 

Le roman de Michel-Ernest Clément pénètre un lieu de connivences, un univers secret, celui de prêtres ayant fait vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.  Attention !  Ce qui n’empêche pas les nombreux dérapages :  abus de pouvoirs, désirs, perversions, manipulations.  Une vie tumultueuse, tissée d’émotion, un portrait virulent sur l’arrière scène de la vie dans un pensionnat durant les années 50.

 

« Angoissé jusqu’à la panique, Caius se sentit aspiré dans un tourbillon profond.  Une odeur fétide lui fit ouvrir les yeux.  Trou rance, la bouche fébrile du père Brouillard cherchait la sienne.  Sa main triturait sans succès les boutons de sa chemise.  Ivresse en moins, Caius l’aurait envoyé promener du revers de la main;  des années de travaux lourds à la ferme, au magasin, à la boulangerie lui avaient sculpté une musculature énergique.  Mou comme de la guenille, il se sentait impuissant.  Le corps du prêtre enveloppait le sien.  Une voix rauque, maniaque, se parlait à elle-même. 

-Ca fait tellement longtemps que tu me faisais bander, p’tit cœur, p’tit cœur, ah, p’tit cœur…… »

En deux ans, Caius avait changé de confesseur au moins sept fois, sans pouvoir trouver la personne qui aurait mérité sa confiance, qui l’aurait écouté sans le juger.  Tout ce qu’il voulait semblait naturel;  il ne recherchait qu’un confident, un ami, un père mais, ces rencontres successives se soldaient toujours par un échec.  Après chacune de ces rencontres, Caius devenait de plus en plus amer, sa naïveté se morcelait pour laisser place à une façade..  Cependant, il devenait de plus en plus astucieux, pressentant les pièges les plus tordus.

 

L’histoire de Caius souligne avec force, l’expérience unique d’un séminariste à l’intérieur d’une micro-société tenue par des religieux, à l’époque où le clergé avait le monopole de la connaissance.

 

À la fin, Caius trouvera en la personne du père Médaste, l’intégrité qu’il cherchait :  « Pour la première fois depuis son arrivée à Saint-Fumée, quelqu’un lui parle de ses talents.  Le père Médaste ne veut rien savoir de ses performances académiques ni du contenu de sa culotte.  Le père Médaste a été un ami de Lazarre Maltais, son confident, son messager. »

Sainte-Fumée, un roman sur l’émancipation d’une population rurale, truffée d’une famille de plus en plus moderne en proie à une culpabilité nourrit par l’acharnement d’une mère pour préserver les traditions familiales.

 

Une histoire qui se déguste, chapitre après chapitre.  L’auteur a pris soin de mettre en valeur des personnages regroupant toutes les couches de la société en y insérant de petites histoires savoureuses.  On s’amuse à la lecture d’événements cocasses, on se surprend à dévorer les histoires de dortoirs, derrière les portes closes des prêtres submergés par leurs démons……

On s’apitoie sur les souffrances et les déceptions de Phée et de sa meilleure amie.

 

À lire et à suivre !

 

Bonne lecture !

Francine Charrette

Club-Culture