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LES EFFETS PERVERS

LES EFFETS PERVERS

Roman

 

Auteur :  Martin Gagnon

Éditions Lanctôt

147 pages

ISBN :  2-89485-127-8

Prix :  16,95$

 

Genre :  roman noir (portrait psychologique)

 

Synopsis

Se désignant d’emblée comme « le premier tueur en série de l’histoire du Québec », le narrateur de ce récit entreprend de se convaincre que les crimes qu’il a commis jusqu’à ce jour – neuf au total :  trois enfants, trois jeunes femmes, trois personnes âgées – ne sont que l’illustration de sa liberté et qu’à la différence des autres tueurs qui ont marqué l’histoire du meurtre en série, son entreprise ne saurait s’expliquer par le biais d’une « maladie » ou d’une quelconque pulsion incontrôlable qui le pousserait à commettre ces assassinats.  À ses yeux, ceux-ci se situent dans le prolongement d’une extrême maîtrise de soi, d’une autonomie radicale que rien – aucun désir, aucune pulsion, aucun fantasme – ne saurait remettre en question.

 

 

L’auteur a décidé de ne pas lui donner un nom.  Il est Le Tueur en série….le premier.

« …Car à la différence des tueurs de droit commun, ma singularité meurtrière ne se laisse pas subsumer à l’intérieur d’une classe préexistante, capable d’héberger après coup plusieurs individus ».  L’écriture est au « je », la première personne donc, notre tueur se décrit, s’analyse, s’explique et se raconte…Ses remords, il les décrits comme des faits, des faits encombrants avec particularité mais tout de même, des ensembles de faits, comme la vie….

Une approche très philosophique, morbide, cynique, décrivant un être à la fois conscient, doué d’une absence totale de remords.  Dans un de ses meurtres, il fait allusion à sa thèse de doctorat, « …présentée il y avait quatre ans au département de philosophie de l’Université de Montréal.  Il y soutenait que « L’instinct du tueur » constitue le trait le plus caractéristique des philosophes et qu’à ce titre il est permis de les considérer comme des « nettoyeurs » pour qui toute solution valable à un problème prend nécessairement la forme d’une dissolution. »  Il explore sa liberté, le point de départ de son délire meurtrier.  Il intègre assez rapidement sa haine sauvage en décrivant ses racines familiale, bien entendue, disfonctionnelles :  un frère pauvre d’esprit, une loque.  Un père mou, lâche et absent, divorcé d’une femme cruelle et emmerdeuse.  La description d’une nuit de Noël alors qu’il n’était qu’un enfant.  La scène est démoralisante, horrifique…..

 

Tout au long du voyage morbide dans une série de meurtres, tous horribles, dénués de sens, nous pénétrons dans le cerveau dérangé du tueur.  Références à Françoise Dolto, Jack l’Éventreur, JeffreyDahmer, des scientifiques tels que Kuhn, Freud, de grands philosophes tels que Descartes, Wittgenstein, Kierkegaard, parce que le tueur est également philosophe de profession.  Un style troublant, décrivant crûment tous les détails les plus pervers de ses crimes.  Plus il tue et plus il s’enlise dans une folie pareille à un manège qui s’est enclenché mais qui ne peut s’arrêter.  Son ultime meurtre devrait aboutir à sa mère, un être qui occupe ses pensées jusqu’à questionner cette « liberté » qui lui est si chère. 

 

L’auteur est très cinglant vis-à-vis la psychologie, profession médicale.  Il les décrit comme des maniaques qui font table rase de la liberté, et les querelles qui les opposent compromettent le sérieux de leur « savoir ». 

 

Martin Gagnon propose une rencontre entre un prêtre et le tueur.  Une situation qu’il mène à la dérision puisque le tueur téléphone au prêtre pour lui demander d’annuler son « pardon » pour les crimes qu’il a commis.  La progression se perçoit, mais elle aussi est sournoise.  À mesure que le tueur se questionne et analyse, la religion, le Christ et Jésus prennent de l’importance.  Est-ce parce que lorsqu’on tue et que l’on sent la fin ou sa mort prochaine, on se tourne vers un Dieu de pardon ?  Les vieilles racines judéo-chrétiennes refont surface…..

 

L’histoire du tueur sans nom, est autant d’histoires de miroirs éclatés, de morsures cruelles, de coupures profondes d’images de l’enfance, où l’amour lui est refusé ainsi que ses rêves, le crime qu’il subit est profondément meurtrier parce qu’il ne faut pas l’oublier, on le retrouve à la fois dans les meurtres et dans sa vie de petit garçon.  On a assassiné son enfance, il est une victime, un spectre, une blessure vivante.  Intelligent, il vomit sa vie en s’accaparant la vie des autres, comme un charognard, préparant sa mise en scène, choisissant ses proies, jouissant des tortures qu’il leur fera subir.  Martin Gagnon traverse les limites des atrocités.  Le tueur se purge du mal qui le ronge, et l’auteur lui fait faire l’impensable, l’innomable. 

 

« Les effets pervers » dans le titre il est bien question « d’effets » c’est donc dire qu’il y a des causes profondes à son comportement troublé.  Puis le qualificatif « pervers », qui, selon le dictionnaire se traduit comme étant enclin au mal, se plaît à faire le mal ou à l’encourager et comme synonymes, corrompu, dépravé, méchant, vicieux et diabolique.  C’est exactement ce que Martin Gagnon décrit dans toute sa notion la plus folle.  La notion du bien et du mal est mise en perspective, du point de vue du tueur. 

C’est à se demander si nous n’avons pas en chacun de nous une parcelle du tueur enfouie dans nos souvenirs….En tout les cas, Martin Gagnon n’y va pas par le dos de la cuillère!

Pas facile à lire….mais l’analyse et le raisonnement d’un tueur ne sont pas chose facile….

Ce n’est pas une lecture pour cœurs fragiles surtout pas avant de vous endormir….

 

Martin Gagnon

Il vit à Montréal où il enseigne la philosophie.  Il a publié deux recueils de poésie ainsi qu’un essai théologique.  « Les effets pervers » est son premier roman.

Bonne lecture !

 

Francine Charrette

Club-Culture