

(roman)
Éditions Presses de la Cité
Auteure : Françoise Bourdon
416
pages
ISBN : 2-258-05451-6
Un
roman ambitieux, dans l’esprit des grandes sagas familiales.
Les
Ardennes au début du 20e siècle.
Hermine a juste vingt ans lorsqu’elle épouse Séverin, enfant unique de
Mathilde, patronne de l’usine principale de La Lombarde, une propriété
familiale où elle règne en maîtresse absolue.
On la surnomme la redoutable madame Lecoeur. La jeune femme se passionne rapidement pour la Forge au Loup, la
prospère fabrique de boulonnerie que dirige sa belle-mère.
À
la mort de celle-ci, Hermine reprend seule les commandes de l’usine. Elle doit alors affronter avec courage et
détermination les tourments d’un destin marqué par la guerre, la trahison et
les amours manquées, portée par cette passion qui l’anime pour sa terre, sa
maison et les siens…..
D’emblée,
l’auteure nous amène dans La Lombarde et nous fait découvrir une terre sauvage,
des gens robuste et fiers :
« …les brumes de Meuse venaient à peine de se dissiper. Des écharpes légères flottaient encore
au-dessus du fleuve. Le bourg tout
entier sentait le café, dont les ouvriers et, surtout, les ouvrières, faisaient
un usage immodéré……L’Ardenne, c’est la forêt, le fer et le café ».
C’est
l’époque de grands bouleversements industriels, la naissance du syndicalisme,
c’est également la fin d’une époque, celle du pouvoir absolu des riches sur les
pauvres, des abus et de l’asservissement.
Françoise
Bourdon nous présente une société où la femme a une importance sociale,
économique et culturelle. Sans
s’afficher, la femme riche, est indépendante et autonome, autant qu’il se
peut. Pauvre, elle est soumise mais
fière. Pour Séverin, le fils unique de
Mathilde, la vie l’a accablé d’injustices : son frère aîné, adoré de sa mère, est mort de la fièvre
typhoïde. De plus, il blâme la Forge de
ses malheurs, parce qu’elle lui a volé sa mère à la suite de la mort de son
père. « Séverin avait toujours
détesté le vallon. Ses ambitions
d’esthète se heurtaient à la noirceur du site industriel. Il rêvait de vivre de sa plume et se
trouvait confronté aux exigences de sa mère. » Il est sensible, inconséquent, possessif donc jaloux, fragile et
impulsif.
Séverin
fait la rencontre d’Hermine, une jeune femme également impulsive mais elle
possède une force de caractère peu commune en plus de la beauté. Elle aime avec passion, elle est franche,
idéaliste, intelligente et très indépendante.
En amour, elle recherche la passion et le respect, ce qu’elle n’a pas en
la personne de Séverin.
« Où
est-il mon chemin? Je rêve d’art et de
poésie, mais je ne possède pas le moindre talent. Séverin…..commença-t-elle avant de s’interrompre et de rejeter la
tête en arrière, j’ai peur de me retrouver prisonnière. »
Hermine
se prend d’amitié pour une jeune ouvrière, originaire d’Italie,
Anna-Maria. Elles ne sont pas de la
même classe sociale mais ce qui les uniront pour toute une vie c’est cette
force de caractère qui leur sont commune ainsi que l’authenticité de leur
amitié, au-delà de leur classe sociale et de leur richesse personnelle.
Une
touche très particulière à noter :
la description de menus, les coutumes de la table, les petits plats et
de nombreuses recettes :
« …les nobertes, comme l’on disait en pays d’Ardenne, galettes au
sucre et les inévitables gâteaux mollets, dont Hermine avait réclamé la
recette. Deux cents grammes de farine,
cent soixante-dix grammes de beurre, trois œufs, une cuillère à soupe de sucre
fin, une pincée de sel et vingt grammes de levure de boulanger, longuement
battus avant d’être versés dans un moule à gâteau mollet en terri vernissée et
de lever au moins deux heures dans la cuisine… » Juliette, la cuisinière de la famille Lecoeur est un personnage
qui agit comme un miroir. Elle est là
tout au long du roman. Elle devient la
protectrice d’Hermine – la mère adoptive, la bonne nounou. C’est à travers elle que nous parcourons les
années en matière d’art culinaire….C’est une femme de cœur, travailleuse,
fidèle. C’est la voix de la sagesse,
l’observateur et la protectrice.
Ensuite
survient la guerre. La France occupée
par les allemands, souffre à petit feu.
Hermine ne sait pas où se trouve son fils. Il s’est engagé comme pilote dans l’armée et les années se sont
écoulées sans avoir de ses nouvelles.
Séverin a eu une fille :
Valérie. Elle revient dans le
village auprès d’Hermine qui réapprend à aimer et pardonner. Anna-Maria perd Sylviane, sa fille, qui a
décidée de vivre dans le luxe auprès d’un officier allemand. Les propriétés sont réquisitionnées, les
chevaux, les animaux, le vin etc…Les maisons sont pillées et la population vit
dans un isolement complet, rationnée, surveillée et très souvent prise en otage
par les nouveaux maîtres, les allemands….Les années passent, la guerre se
termine et rien ne sera plus pareil.
Les
personnages prennent toute leur énergie dans le quotidien, les exigences de la
vie, les bonheurs et les malheurs, les disparités culturelles et les rêves de
chacun, les amours, les amitiés. Une
histoire qui sent la terre et le bon pain.
C’est
une écriture empreinte de nuances, colorée comme le paysage, puissante comme
les gens qu’elle décrit.
À
l’époque de Mathilde les règles de la société, le rang et les obligations
sociales dictaient les comportements et les rêves de chacun mais après la
guerre, les règles ont bien changé. On
ne goûte plus à la vie de la même façon et le bonheur n’a plus la même
signification. L’écriture reflète tous
les changements, les humeurs, les sentiments, l’évolution, etc…Les gens
d’aujourd’hui sont faits des gens d’hier….Françoise Bourdon le sait et elle
porte un regard amoureux, sans nostalgie ni regret sur une période de
transition qui a été celle de grands bouleversements - la fin du 19e
siècle et le début du 20e siècle.
Un
roman que je vous suggère fortement !
Elle vit à Charleville-Mézières. Journaliste et auteure de nouvelles, elle publie avec « La Forge au Loup » son deuxième roman.
Bonne lecture !
Francine Charrette
Club-Culture