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Lanctot
Éditeur
Auteur : Pascal Blanchet
Genre : roman
143
pages
ISBN : 2-89485-145-6
Paul
s’apprêtait à se suicider. Il avait lu
un jour, dans un roman, l’histoire d’un jeune homme désespéré qui avait mis fin
à ses jours en s’ouvrant les veines du poignet dans son bain. Il était question bien sûr d’une riche salle
d’eau dallée de marbre noir avec des plantes grasses partout. Rien à voir avec ce sombre réduit sans
fenêtre où la jaunissante baignoire sur pattes semblait tasser dans le coin le
siège d’aisances. Malgré ce manque
flagrant du luxe nécessaire à un suicide douillet, Paul trouvait la méthode
tout à fait convenable…….
Ainsi
débute cet étrange récit d’un suicide raté.
S’étant volontairement mutilé, Paul éprouvera des difficultés à
poursuivre ses leçons de piano. Forcé
de déménager, sans oublier son précieux instrument, un harmonium, il fait la
connaissance d’un homme étrange, végétarien qui ne mange plus que des carottes,
seule manière de sauver l’humanité, et qui dort et vit sous une tente plantée
sur son balcon. Las de cette vie
désarticulée, il terminera son odyssée baroque par un retour à la terre, sur la
ferme de ses parents……..
Sur
fond contemporain, des personnages hirsutes déferlent dans la vie de Paul. Peu communicatif et c’est peu dire, un monde
étrange l’habite : celui du
suicide comme si c’était la fin ultime inévitable à sa torture quotidienne. La description minutieuse de la préparation
presque religieuse du suicide de Paul, nous renvoie une image peu reluisante
sur les êtres esseulés, mis de côté comme s’ils étaient de trop. Prêt pour le grand voyage, Paul essaie de
coucher sur papier ses dernières paroles sans pouvoir trouver les mots exacts. Après plusieurs essais, sa coloc entre
subitement de voyage alors qu’il ne l’attendait pas.
Malheur
! Il doit reporter son suicide.
Comme
si la vie s’acharnait à toujours lui plaquer des problèmes sur le dos, sa
colocataire est une névrosée de la propreté, une obsessionnelle de menus
détails qui, mis bout à bout, le catapultent, l’assaillent et l’étouffent. Malgré l’horreur de la situation, Pascal
Blanchet choisit le ridicule, l’originalité et la satire. Pour adoucir sa vie, pour couper la
monotonie quotidienne, il prend des cours de musique. La vie urbaine est bien étrange.
Tant de monde et tant d’indifférence !
Dans
une grande ville, au printemps lorsqu’une brise tiède commente à faire fondre
les tas de neige accumulés le long des rues, libérant, les uns après les
autres, toutes sortes de bouts de journaux, rognures d’affiches, sacs de chips,
paquets de cigarettes éventrés, papier d’aluminium……cette ville, belle
d’autrefois, finissait par ressembler au plus infect des dépotoirs habité par
une bande de somnambules malfaisants…..
L’indifférence
de la ville, il la décrit de manière assez truculente : un petit sac brun graisseux aboutit
malencontreusement dans la bouche d’un vieillard, transporté par une bourrasque
de vent à un arrêt d’autobus. Alors
qu’il s’étouffe, les passants le regardent avec indifférence, passant leur
chemin……n’y tenant plus Paul lui donne de grandes tapes dans le dos…..
Devenu
un héros, Paul subit l’historique de la vie du vieillard. Paul cesse complètement de l’écouter en
ruminant ses désirs de changement.
À
travers les yeux de Paul de petits films se déroulent, clopin-clopan dans sa
tête et stimulent notre imagination.
« Ce bungalow était situé dans un quartier résidentiel où les
maisons étaient tellement semblables qu’il fallait absolument savoir le numéro
de porte de la maison que l’on cherchait.
Un propriétaire bricoleur et maniaque avait converti son sous-sol en
véritable motel de huit chambres disséminées autour d’une petite cuisine-salle
à manger. » L’endroit est
tellement exigüe qu’on l’imagine pris dans une petite boîte.
Le
lecteur suit le parcours hétéroclite de Paul en hôtellerie, jusqu’au jour où il
dû affronter des couteaux…..En errance, cherchant en vain, une place dans ce
fouillis d’êtres humains, Paul réussit à se trouver un emploi comme homme à
tout faire dans une cuisine.
Les
aventures rocambolesques de Paul le mènent dans la salle à manger de l’hôtel où
il travaille. Sans raison précise, il
décide de rentrer travailler par la grande porte pour faire changement. Malheureusement pour lui, il se retrouve pris
dans un tourbillon infernal, une vraie fourmilière, le jour où une quantité de
jeunes filles s’apprêtent à participer à un concours international de
majorettes. Encore une fois, les
descriptions se font encore plus juteuses comme celle du chef cuisinier : « Affligé d’une dentition compliquée,
il était contraint de porter un appareil dentaire métallique auquel étaient
accrochés des élastiques qui s’entrecroisaient en une constellation compliquée. Ils claquaient parfois sous la pression d’un
ordre donné un peu trop fort, aussi le chef s’en gardait-il avait toujours une
provision dans la poche de son tablier et il était sans cesse à s’en fourrer
dans la bouche. Ces petits bouts de
caoutchouc faisaient entendre des bruits étranges, comme une cithare lointaine
et désaccordée. »
Dans
ce tourbillon hallucinogène, Paul descendit dans le sous-sol retrouver son
balai, sa vadrouille et son sceau d’eau.
Un bruit de ventilateur l’hypnotise et lentement, il lève la main
droite, pointant l’auriculaire et l’index vers les palles. Deux doigts en moins, Paul continue son
travail tout en cherchant à récupérer ses deux bouts de doigts qui flottaient
dans son sceau d’eau poisseuse.
Un
univers Fellinien et grotesque se défile à un rythme d’enfer. La vieille femme du début qui balaie
machinalement son trottoir et qui ne parle à personne réapparaît dans le
roman. Cette fois, Paul entre chez
cette vieille femme pour lui demander si elle pouvait lui indiquer un
appartement peu coûteux et propre dans les environs. À sa grande surprise, cette vieille femme lui fait une
confidence : elle possède des
immeubles dans le quartier, il se pouvait qu’elle ait en ce moment quelque
chose pour lui. Cette vieille dame
n’était plus la pauvresse qui entretenait soigneusement son seuil de porte par
désoeuvrement.
Et
c’est ainsi, de fil en aiguille, que Paul fait la connaissance d’un énergumène
– Mathias -sorti tout droit d’une boîte à surprise !
Toujours
avec désinvolture, Blanchet nous inonde de descriptions hilarantes, un monde
fantasmagorique éclaté. À croire que la
ville ressemble à un grand cirque !
Finalement,
après toutes ces tergiversations, Paul décide de revenir chez lui, à la
campagne. Rien n’avait changé si ce
n’est que son père, maintenant à la retraite, lisait son journal….il avait une
quantité phénoménale de journaux empilés depuis au moins quinze ans. Sa sœur brassait toujours les mêmes
ingrédients pour sa recette de gâteau au chocolat et bananes, son frère
regardait toujours la télévision en noir et blanc du matin au soir, sa mère
arrosait toujours ses plantes, un rituel qu’il retrouvait avec une indifférence
totale….Et, une branche énorme poussait, jusqu’à défoncer le plafond du
salon….. Il y a de cela bien des années, les parents de Paul n’avaient pu
sacrifier un sapin de Noël et il avait tout simplement continué à pousser,
maintenant, il faisait partie du décor….
Un
bon matin, Paul se dirige vers la rivière en traversant les champs. Arrivé près de la rivière tourmentée,
gonflée par la fonte des glaces, il est submergé par cette déferlante de
printemps, gorgée d’objets qui se fracassent les uns les autres. Il a comme un éblouissement et une paix
soudaine l’envahit. Paul se souvient
soudain de son rendez-vous manqué avec la mort….
Dans
son écriture, nous reconnaissons le talent d’humoriste de Pascal Blanchet. Sous sa plume la laideur subit des
mutations, il la transforme, la triture, la décortique en une série de faits
cocasses.
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture