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(roman)
Guérin
Auteure : Simone Bussières
150
pages
ISBN : 2-7601-5686-9
Il
y a une cinquantaine d’années, une jeune fille entreprend, dans la lointaine
Gaspésie d’alors, ce qu’elle souhaite être une carrière d’institutrice. Mais cette première année d’enseignement lui
révèle d’insoupçonnables et incontournables difficultés. On serait porté à
croire que ces difficultés viennent d’abord et avant tout du fait que la classe
accueille chaque matin des élèves, filles et garçons, de la 1ère à
la 7ième année inclusivement.
Non, ce n’est pas là la cause de son échec, et la jeune enseignante
apprendra vite que les enfants quelque soit leur milieu social, ont d’immenses
réserves de talents et de qualités qui n’attendent qu’un peu d’aide
clairvoyante pour se développer.
Mais
son inexpérience lui fera jauger inéquitablement certains élèves, en
particulier l’enfant de l’aube qui, lorsqu’il arrive à l’école, a déjà
travaillé plus d’une heure à la petite ferme familiale. Puis, viendra le drame. Un drame dont la jeune institutrice vivra
les diverses étapes avec énergie, émotion et courage. L’enfant de l’aube est un
élève étrangement différent de ses camarades de classe, mais en fait, il n’est
qu’un enfant comme les autres.
Pourtant, son destin est unique et marquera définitivement Esther
Boucher.
Cinquante
ans déjà…..Esther prend le chemin de Val-d’Espoir en Gaspésie pour sa première
expérience en enseignement….pleine d’espoir.
Esther
est accueillie chez la famille Bouffard.
Lucien, Annette, Léandre et Philippe, les enfants de la famille,
deviendront les élèves d’Esther.
Elle
découvre une Gaspésie hostile, des gens secrets et sa chambre, une grande boîte
de carton, des planches couchées sur des poutres, rien que la charpente d’une
maison. Pour un peu d’intimité, on avait suspendu sur un fil de métal, autour
de l’un des quatre lits qui croupissaient dans chacun des angles, un rideau
fait avec des poches de coton utilisées pour le transport du sucre et reliées
les unes aux autres par une double couture……Rien n’a préparé Esther à faire
face à la vie dure et implacable à laquelle elle sera confrontée.
Simone
Bussières n’hésite pas à utiliser un langage local, des expressions propres au
milieu. « Y en a qui disent que
c’é Baptisse Turcotte qui l’a assommé asprès….d’autes qui disent que Baptisse
était…je ne sais pas comment qui disent…mais ça veut dire qu’y défendait son
corps. »
Esther
est loin de se douter des drames qui se déroulent dans cet endroit
éloigné. La misère semble faire partie
du quotidien, les familles sont pauvres et ils doivent travailler sans relâche
pour joindre les deux bouts….les enfants doivent participer aux tâches
quotidiennes. Notre petite citadine a
beaucoup à apprendre mais son inexpérience et ses préjugés lui causent des
ennuis. Enseigner c’est une chose mais
pour ce faire, elle doit apprivoiser l’environnement en même temps que les
enfants et se soucier de leurs problèmes.
« Absorbée
dans ce soliloque, je mis près d’une heure à atteindre la maison des Turcotte
sans me demander si c’était vraiment ce ciel d’automne éblouissant qui me
retenait sur la route ou bien une appréhension inavouée de ce face-à-face
inconnu vers lequel j’allais. Je crus
reconnaître la maison que m’avait décrite la famille Bouffard, mais j’hésitai
devant son exiguïté : était-il
possible que ce fut là l’habitation d’une famille comptant huit enfants, le
père et la mère ainsi qu’une grand-mère de je ne sais quel côté ? Grise et basse, la masure me sembla plus une
remise qu’une demeure. »
Esther
intellectualise, retient se émotions, elle parle peu et elle juge un peu trop
rapidement….elle ne voit tout simplement pas les tragédies qui se jouent tout
autour, dans chaque foyer.
Mais
un jour, alors que Guillaume - un élève turbulent âgé de 10 ans – apprend que
son meilleur ami et confident, un cheval nommé Pitou a été abattu en hiver et
gît dans un fossé seul, il disparaît sans laisser de traces. Avant de fuir, il aidera sa mère à accoucher
de son dixième enfant………
Sa
détresse est si aiguë qu’il perd le goût de vivre.
Je
ne vous en dit pas plus. Simone
Bussières connaît toutes les facettes de l’enseignement et à partir du récit
d’Esther, de ses réflexions et de ses descriptions, nous entamons le voyage en
sa compagnie. Rapidement, le lecteur
s’attache aux personnages. De même, en
suivant le parcours d’Esther, les élèves se transforment en miroirs dans
lesquels toutes les informations sont disponibles. Il s’agit pour elle, d’observer et d’écouter. Mais, pour une jeune femme inexpérimentée,
ses premiers mois d’enseignement la marqueront à jamais. Les événements modifieront petit à petit sa
façon de voir, le regard qu’elle portera sur ces enfants ne sera plus le même.
Ce
roman est également l’histoire d’une époque rude et cruelle, d’une population
isolée, oubliée et pauvre, des gens simples, sincères et vulnérables. Pour la majeure partie d’entre eux, c’était
survivre…. survivre à la sécheresse, au froid, au manque de nourriture, aux
blessures, survivre sur une terre hostile au bout du monde. Malgré cette situation étouffante et
inéluctablement douloureuse, les enfants s’amusent, ils rient, ils explorent
même s’ils sont confrontés très jeunes à la détresse, au travail et aux
responsabilités. « L’enfant de
l’aube », un roman révélateur d’une réalité parfois barbare mais avec des
moments extrêmement tendres.
Un
bébé est mort né. Le père le place dans
un coffre à jouets. Comme le bébé
n’avait pas droit à une place dans le cimetière, le père doit prendre une
pénible décision, impuissant devant la fatalité : « Si tu veux, dit le père à la mère,
je vas le brûler dans le poêle. Je vois
pas ce que je pourrais faire de mieux!
De toute façon, y doué déjà ête dans les limbes. »
Pour
le lecteur, cet acte nous écorche au passage et pourtant, nous comprenons son
geste parce qu’il n’a aucun autre choix.
Un
style enthousiaste, des images fabuleuses où les sentiments et les émotions
éclatent, se bousculent. Une histoire
captivante !
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture