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LES TROTTOIRS DE DUBLIN

LES TROTTOIRS DE DUBLIN

 

Belfond

Auteur :  Damien Owens

Traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc

 

Genre :  roman/fiction

353 pages

ISBN :  2-7144-3851-2

 

Prix : 29.95 $

 

Synopsis

Rien ne va plus dans la morne vie de Joe Flood :  il loue un studio minable à Dublin, s’ennuie à mourir dans un cabinet de relations publiques, et sa mère s’obstine à lui faire endosser le rôle de chef de famille, surtout lorsqu’il s’agit de venger l’honneur bafoué de sa sœur, enceinte à dix-neuf ans !

 

Pour oublier, Joe rêve d’Hollywood, écrit un scénario qui est censé le propulser au faîte de la gloire et traîne dans les bars avec ses amis.  Mais, pour l’heure, en fait de succès, Joe collectionne plutôt les déboires professionnels et les déceptions sentimentales….

 

 

Une critique sociale de l’Irlande aux allures plutôt satiriques, encore aux prises avec des traditions étouffantes, issues de la religion et de la famille.  Actuelle et contemporaine, cette histoire nous plonge dans le quotidien de Joe Flood, un jeune homme désabusé, pris en otage entre des valeurs familiales archaïques et un désir viscéral d’ouverture sur le monde.  À la recherche de sa propre identité, ce sont :  l’explosion des idées et des tabous, un combat incessant dans le but de se débarrasser du carcan familial sous l’emprise d’une mère autoritaire et manipulatrice et d’une sœur dépendante et irresponsable.  Cette intensité se reflète tout autant dans son travail, lequel ne lui procure aucune satisfaction et qui plus est, se transforme en un ressentiment de plus en plus fort – proche du mépris - tout au long du récit.  D’ailleurs, ce sentiment est le fondement même de sa révolte qu’il nourrit parallèlement par un rêve gardé secret, celui de devenir un scénariste célèbre à Hollywood – l’image de la liberté où tout est possible – en opposition à son environnement social et familial. 

 

Plus l’histoire se développe et plus le lecteur pressent une rétrogradation, une lente décomposition de son angoisse perpétuelle où Joe, soudainement désinhibé, prend la parole, énonce clairement ses idées jusqu’à la démesure.

 

« Les trottoirs de Dublin » puise intensément dans la vie personnelle de Damien Owens, l’auteur.  Orphelin de père à l’âge de 18 ans (1990), la charge de la famille lui incombe.  C’est la tradition…..

Même après toutes ces années, la mort du père porte ombrage à sa vie.  Ce roman serait-il un outil cicatrisant ?  Peut-être et c’est bien ainsi puisqu’il nous permet de découvrir les écorchures d’un tel drame – fracture brutale de la famille, des crises existentielles exigeant du jeune homme une force de caractère artificielle supposément à l’image d’un père intransigeant.

 

Ce premier roman est l’aboutissement d’un travail amorcé en 1998 alors qu’il couchait sur papier quelques brides de sa vie.  Après, elles ont pris des proportions de plus en plus grandes pour finalement devenir un roman.  Ce faisant, Damien a créé Joe et depuis ce temps, on ne cesse de lui prêter le qualificatif « autobiographique » qu’il n’a pas.  Selon lui, la seule similitude est celle de la mort du père, un point c’est tout.

 

La traduction est très « française », truffée d’expressions et de tournures de phrases typiquement parisiennes.  Ca devient fatiguant !….Dommage pour l’auteur !

 

À part ça, tous les personnages sont attachants à leur façon.  Le regard de l’auteur est, à certains égards corrosif tout en étant humoristique.  Il ouvre son roman en décrivant un « pub » où se rassemblent Steve, Go-go, Norm et Joe.

« C’est sombre, minable et ça sent toujours plus ou moins le toast brûlé….On pouvait nous y trouver deux ou trois fois par semaine, occupés à nous lamenter sur notre sort sans bouger d’un pouce.  Des Irlandais typiques, quoi.

…Un vendredi soir, on était là….à glander, comme d’hab….deux autres nanas et un mec… »

Des termes comme « j’avais rancard, super nana, toubib, une fois que je les ai branchées, on me revoit plus, les mecs et tout le tralala…..

 

Prenez votre mal en patience !  Osez continuer la lecture, ça en vaut la peine.  La mère de Joe, Deirdre sa sœur, Brendan – le supposé géniteur, fils unique d’une famille bien nantie, une affaire de fermeture d’un fabricant de bidules électriques, louche, bien préparée à l’insu des employés….menée par la firme de communication où travaille Joe.  Une voisine de pallier nommée Julie : fascinante, étrange, mystérieuse.  La seule susceptible de questionner les contradictions de Joe.  Également, une image plutôt éclatée d’une bonne sœur, une rencontre insoupçonnée dans une autobus, sur le trajet vers la maison familiale, qui dégénèrera en une confrontation, comme toujours…..

 

La vie de Joe n’est qu’un tourbillon !  Nous sommes en pleine crise :  celle de la relation mère-fils, la grossesse inattendue de son étourdie de sœur, de ses rapports avec ses amis, de son rôle ambivalent entre son travail et ses valeurs morales en ce qui concerne l’éventuelle fermeture de Langley –Foster Electronics, etc…

Du ras le bol de son boulot bidon…..

À travers tout ce charivari, l’embryon d’une histoire d’amour avec Catherine se dessine à l’horizon mais là aussi les événements surgissent de partout, comme des obstacles prémonitoires….

Avec Damien Owens, on avance de deux pas et on recule de un….Même insatisfaits, les personnages acceptent avec débilité, leur quotidien.  Joe est l’exception qui confirme la rège….mais, qui sait ?

Un événement anodin survient dans le « pub » minable où se retrouvent la bande des 4.  Après, les événements se succèdent l’un après l’autre de façon désordonnée tout en étant reliés comme le principe des « vases communicants :  corrélations, filiations, rapprochements.

Les déboires de Joe reflètent le désoeuvrement de toute une société.  Par contre, Damien Owens utilise l’humour de façon désopilante.  On reconnaît là un trait de caractère que je qualifierais de typiquement Irlandais…..

Un bon premier roman pour ce jeune auteur.

 

Bonne lecture !

Francine Charrette

Club-Culture