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CŒUR DE CIBLE

CŒUR DE CIBLE

 

 

Presse de la Cité

Auteur :  David Wiltse

Traduction de Jacques Martinache

 

346 pages

ISBN :  2-258-05775-2

 

Genre :  roman / fiction

Prix :  32,95$

 

 

Suspense, enquête, secrets bien gardés !

 

Synopsis :

Agent des services secrets, Bill Tree est chargé de retrouver la trace des auteurs de lettres de menace adressées anonymement au président des Etats-Unis.  Un jour, face à un de ces détraqués, il perd son sang-froid, sa dignité et son coéquipier, dont il a peut-être causé la mort.

 

Traumatisé, il donne sa démission et retourne panser ses plaies à Falls City, sa ville natale, au cœur du Middle West.  Dans cette bourgade tranquille des plaines  à blé du Nebraska, il ne se passe jamais rien.  Quoique……

Quelques jours en effet après l’arrivée de Bill, un tireur fou dissimulé à proximité du lycée ouvre le feu sur un groupe de professeurs et fait deux victimes.  Dépassé par les événements, le shérif appelle Bill à la rescousse.  Comment pourrait-il refuser son aide à celui qui, dans sa jeunesse, incarnait pour lui la loi et qu’il avait pris pour modèle ?

 

 

Ce roman questionne : l’isolement – les rapports humains – les tabous – les silences – la connivence – la promiscuité – la violence -

 

Proche de Hitchcok dans sa structure, Wiltse place ses héros dans une cellule sociale hermétique, refermée sur elle-même.  Les frontières qui délimitent le village, sont oppressantes et omniprésentes, un enclos dans lequel la vie de chacun est intimement liée à l’autre dans le « non dit ».

- Comme si ce village était un petit pays indépendant où le pouvoir absolu (le droit de vie ou de mort) repose entre les mains du shérif.  La majeure partie de cette population pour ne pas dire la totalité, n’est jamais sortie du village ayant pour conséquence une promiscuité morbide :  tous se connaissent, se côtoient depuis leur enfance, se sont fréquentés et se sont mariés après le « high school ».  On voit, on entend mais on se tait….sinon….. -

Une culture très puritaine, bornée où l’homme règne en roi et maître.  Une société « matcho », violente, raciste.  Une société où les femmes se cachent derrière les portes de leur maison.  Soumises, elles subissent en silence, rêvent en silence.  Quand elles se marient, elles sont marquées au fer rouge.  Elles appartiennent à quelqu’un pour toujours, à moins qu’elles partent du village pour aller vivre ailleurs.  Une tranquilité trompeuse, sournoise aux dessous purulents.  Pas jojo comme décors !

 

Bill, le héros principal du roman, revient dans son village à la suite d’une tragédie lui ayant laissé des séquelles autant physiques que psychologiques.  Il est le seul qui soit sorti du village pour voir du pays et faire carrière à l’âge de 18 ou 19 ans grâce aux encouragements et au support de Kunkel, le shérif du village.  Intelligent, il s’est rapidement hissé au rang d’agent spécial aux services secrets.  Vingt ans plus tard il croît revenir dans un village paisible, loin des turbulences de la ville pour se refaire une santé mais la vie lui réserve une surprise de taille.

 

Des champs de maïs ou de blé à perte de vue, des routes de terre battue, des pièces d’équipement de ferme, des silos de grains gigantesques, une famille d’Irlandais fière d’avoir un héros parmi eux.  Tout ça bouge constamment sous nos yeux en passant brutalement de la beauté à l’horreur.

En convalescence chez sa sœur, Bill reprend contact avec Joan, un amour de jeunesse.  Violentée pendant plusieurs années par un mari jaloux et possessif, Joan obtient le divorce et la garde de son fils Will – lui-même manipulé par le père (violence verbale).  Mais, aux yeux de Duane (son mari), elle est toujours sa femme, sa chose, son bien.  Même les gens du village la considère toujours comme la femme de Duane, malgré les papiers du divorce, malgré l’ordonnance du tribunal de se tenir à moins 15 mètres de distance de Joan, malgré sa violence connue de tous.

Duane la surveille jour et nuit, la menace ou agresse tout homme se montrant un peu trop intéressé.  Son divorce existe sur papier seulement.  Pour ce qui est de sa vie, Joan est prisonnière jusqu’à la mort.  Malgré tout, elle ne quitte pas le village, elle reste là en essayant de tenir tête à un ex-mari jaloux – syndrome de la femme battue.

 

Survient l’événement qui bouscule la vie de tout le monde.  Quelqu’un tue froidement deux professeurs, alors qu’ils se trouvaient dans une salle à l’intérieur de l’école.  Joan s’y trouvait elle aussi mais elle s’en tire avec une balle dans la cuisse.

Qui a pu poser un acte aussi gratuit ?  Pour quelles raisons ?  Étaient-ils plusieurs ou avons-nous là un seul tueur ?  D’où provenaient les projectiles ?  Peut-on trouver le ou les coupables ?  Le ou les tueurs auraient-ils laissés des preuves derrière eux?

 

Encore fragilisé, Bill accepte tant bien que mal de venir à la rescousse de son vieil ami le shérif Kunkel.  Malgré lui, Bill verra le miroir de son enfance se craqueler petit à petit.  Plus il explore et plus il se surprend.  Plus il gratte la surface pour démasquer, identifier les coupables ou percer des mystères et plus il remonte à la source du mal.  Et ce mal pourrait bien toucher de près, les personnes qui lui tiennent le plus à cœur.  À mesure que les secrets trop longtemps enfouis émergent, le voile se lève.  Tout au long de son enquête, des brèches s’ouvrent et divulguent l’intimité de chacun.

Tout le monde se tait, parce que c’est comme ça.  Personne n’ose parler des vrais problèmes, personne n’ose blâmer qui que ce soit.  Cet aspect de la tragédie humaine nous apparaît encore plus immonde que les crimes commis….

Sous l’apparence innocente et candide du village « carte postale » des souvenirs de Bill, se cache des vices épouvantables.  Le lecteur assiste à la honte qui surgit derrière les visages qu’il croît connaître et qu’il aime.  Un portrait psychologique fort, qui dépeint deux univers :  le premier étant celui de gens qu’il connaît ou qu’il croît connaître depuis qu’il est né et le deuxième, celui caché au fond de l’âme, ce visage inconnu qui surgit sans préavis.

 

David Wiltse est né en 1940 à Lincoln, Nebraska.  Il a terminé ses études universitaires et par la suite a écrit pour le théâtre, le cinéma, la télévision et s’est mérité un prix prestigieux :  « Drama Desk » pour la pièce la plus prometteuse « Suggs » produite en 1972 au Lincoln Center.

Ses romans sont prisés par les lecteurs

Du même auteur en français :  « Le Baiser du serpent », « Le Cinquième Ange », « Terreur Noire », « Obsession », « Terreur Blanche ».

 

Un roman bien écrit, un portrait social et caractériel, celui de villages reculés et de leur population dans le Midwest américain.  Une ruralité encore présente et très vivante.

 

Bonne lecture !

Francine Charrette

Club-Culture