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251 pages
Prix : 19,95$
Un québécois au pays de
Mao… C’est avec humour et sincérité que Roger Clavet nous livre les pensées et
réflexions que lui ont inspirées ses deux années en Chine communiste. Ce récit,
rédigé de retour au Québec, sa terre natale, après cet exil consenti, plonge le
lecteur au cœur d’un pays aux traditions séculaires si méconnues et lève le
voile sur les us et coutumes de l’Empire du soleil levant.
Un peureux dans l’Empire du
milieu? Peut-être parce que Clavet se définit lui-même comme un éternel
froussard mais aussi parce qu’outre le fait de s’exiler ne fut-ce que pour un
temps limité dans un pays si complexe, il se retrouve immergé au cœur de « l’une des plus grande machine de propagande au monde » et
prend conscience de la précarité des outils démocratiques d’expression. Partir,
n’est-ce-pas perdre un peu ses repaires, se mettre en danger, prendre des
risques, même si le risque est calculé.
Rédacteur francophone pour Xinhua,
l’agence de presse Chine nouvelle, le narrateur est affecté à la correction des
dépêches internationales. Mais, le travail de correcteur auquel il se livre
avec assiduité perd rapidement l’attrait qu’il avait suscité chez lui à son
arrivée. Et c’est l’ennui d’une tâche routinière et purement répétitive qui
incite Roger Clavet à explorer de nouveaux horizons.
Après une année de bons et loyaux services au sein de
l’agence Xinhua, les Clavet partent pour la populeuse et défavorisée province
du Henan, où notre québécois a troqué sa panoplie du parfait journaliste
d’agence pour goûter aux joies de l’Hôtellerie de luxe.
La dissection des mœurs chinoises se poursuit dans cette
seconde partie du récit qui se déroule à Zengzhou.
Ce livre est loin d’être l’œuvre d’un sinologue et ne se
targue pas d’être un ouvrage de référence sur la Chine, mais simplement le
récit d’un « peureux dans l’empire
du milieu (…) C’est le récit
d’une incursion personnelle et familiale dans un pays continent habité par un
milliard 300 millions de personnes ». Avouez que le chiffre donne le
tournis…
Beijing, c’est « ce magma informe de vélos,
triporteurs, autos, bus et camions qui sillonnent les rues de la capitale
chinoise » p.63 et « ces miandis, mini-bus tape-cul jaunes ou
blancs dont le moteur pétarade à qui mieux mieux dans un lancinant concert de
klaxons »ils ont disparu de la circulation car étaient jugés trop
risqués. Ce qui n’est pas le cas des « autobus articulés bruyants qui
se déplacent tant bien que mal dans ce chassé-croisé de plus d’un million et
demi de véhicules (…) et au beau milieu de cette faune motorisée,
20 000 femmes balayeuses de rues portant un masque pour limiter les effets des
émanations d’essence, continuent leur travail comme si de rien n’était »
Et puis la Chine, c’est aussi Mao. Instigateur du Grand bon
en avant, en 1958, et de la Révolution culturelle en 1966, Mao Zedong a
contribué à l’entrée de la Chine dans une ère nouvelle, façonnant aux prix de
nombreux sacrifices, le visage qu’elle revêt aujourd’hui. Oui, la Chine s’est
éveillée, comme l’a écrit Alain Peyreffite, mais, faut-il le rappeler, la nuit
qui l’a précédée fut émaillée de troubles et de cauchemars. Cet essor
économique spectaculaire ne profite pas à tous et ne rime pas avec mieux-être
social pour la majeure partie des citoyens qui doit « trimer dur pour
avoir sa maigre pitance. La petite misère se lit sur tous les visages
besogneux. Qu’importe le discours officiel chinois, la richesse est encore
clairsemée en Chine ».
Malgré tout, le dictateur fait toujours, aujourd’hui comme
hier, figure de père, de protecteur pour de nombreux chinois et son culte
continue de rassembler des adeptes un peu partout en Chine, comme le constate
le narrateur qui se fait incisif quand il évoque le Grand Timonier.
Dans un style sobre et sans fard, Roger Clavet nous entraîne
dans son périple et nous guide dans les méandres de la culture chinoise à la
rencontre de cette civilisation si riche et si complexe. Qu’il se plaise à
flâner sur la place Tien An Men, théâtre sanglant de massacres d’étudiants en
juin 1989 et à regarder voler un cerf-volant guidé par un vent « aussi
vigoureux qu’amnésique » ou qu’il manie la baguette d’un orchestre
improvisé, c’est un regard plein de tendresse et de poésie que l’auteur pose
sur l’Empire du milieu.
Bonne lecture !
Anne-Caroline Crespel
Club-Culture