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Chronique livre
Les Émois d’un marchand de Café
Yves Beauchemin
Les Éditions Québec Amérique
494 pages
Prix : 24,95$
ISBN : 2-89037-993-0
L’histoire
Guillaume Tranchemontagne, un grossiste, distributeur de café a construit un petit empire. Il a presque tout pour être heureux. Son entreprise, dans laquelle travaillent ses deux garçons, Antonin l’aîné et Julien et sa fille, Marie-Louise lui a apporté la fortune. Et la santé est relativement bonne.
Mais voilà que la rencontre inopinée de Boris Béland, pâtissier et plombier à ses heures, le conduira à l’hôpital pour une opération mineure. Alors commencent les émois de Guillaume. Il remet tout en question : argent, famille, amour etc. Qu’a-t-il donc fait de sa vie ? De tout cet argent gagné ? N’a-t-il pas tout raté ?
Il veut réparer le gâchis, les bévues et la souffrance qu’il a pu causer tout au long de sa vie. Il prend sous son aile la belle Caroline, une chômeuse et fille mère ou encore il ira dédommager un ancien associé jadis lésé. Son obsession à récupérer et corriger ses faux pas le conduira jusque dans le Grand Nord, à Fermont, sur la piste de Noémie, sa seconde fille, conçue dix-huit ans plus tôt dans un moment de distraction… Partout cette aventure de la bienfaisance a des effets inattendus, drôles ou dramatiques, surtout pour ses trois enfants. Son meilleur ami et confident, Raoul Marleau comprend et réconforte Guillaume mais n’hésite pas à parler franchement de ce qu’il pense de toutes ces histoires.
Dans ce merveilleux roman, la vie explose de partout. On y apprend ce qu’il en coûte parfois d’aimer un peu trop son prochain et on se questionne sur la pertinence de corriger le passé. Le corrige-t-on vraiment ? Est-ce nécessaire et jusqu’où peut-on aller sans heurter le présent au passage ?
Impressions
Tous les personnages de ce roman vivent autour de Guillaume Tranchemontagne. La beauté de ce roman repose sur l’imagerie et la simplicité de l’écriture de Yves Beauchemin. Il ne juge pas, il présente et raconte, sans détour. Il opte pour un style dépouillé mais efficace, de façon à laisser aux idées et aux personnages toute leur personnalité et leur force. Pour Guillaume Tranchemontagne, Yves Beauchemin utilise à la fois un style tranchant, décisif et péremptoire pour décrire l’homme d’affaire et un style complètement à l’opposé, c’est-à-dire, tendre et affectueux, presque lumineux alors qu’il échange avec son confident et meilleur ami. Pour Raoul Marleau, il utilise un style posé, calme et apaisant. Il en est de même pour tous les personnages et ce faisant, il leur attribue leur personnalité et leur caractère. Yves Beauchemin utilise une écriture sculpturale, limpide, éclatante et passionnée.
Ce roman est une fenêtre ouverte sur la richesse et ses limites, les restrictions et les bassesses que peuvent imposer les enfants, à cause de l’argent. Il aborde la trahison, l’amour, l’envi etc.. Son roman repose en entier sur l’atmosphère ainsi que sur les comportements, les intrigues, les attitudes, les rapports humains, les engagements de chacun provoqués à la suite d’événements autour du personnage principal, Guillaume Tranchemontagne.
Cette histoire est aussi l’histoire d’empires qui s’effritent alors que les enfants prennent les rennes du pouvoir en se pensant roi et maître ! " Le roi est mort, vive le roi ! ".
Yves Beauchemin est un observateur et un conteur incomparable fasciné par la vie humaine. Les émois d’un marchand de café " est un roman empreint d’humour d’où jaillit la vie quelques fois rude et quelques fois paisible.
Un livre remarquable où le lecteur devient complice, un roman intuitif et saisissant.
Après Le Matou " et Juliette Pomerleau, Yves Beauchemin nous transporte encore dans l’univers inépuisable, celui de la vie.
Portrait littéraire
Né en Abitibi en 1941, Yves Beauchemin alors âgé de 5 ans, déménage avec sa famille à Clova qui est à l’époque un tout petit village d’une trentaine de familles. Dans son journal, publié sous le titre Du sommet d’un arbre il nous raconte comment il a découvert la lecture. Il dévorait tout avec un appétit féroce et c’est ce qui lui permettait d’obtenir de bonnes notes pour les compositions françaises. C’est à Joliette qu’il poursuit ses études au séminaire. Sa famille déménage à Joliette. À l’Université de Montréal, en 1962, il poursuit ses études pour l’obtention d’une licence ès lettres. Yves Beauchemin adore la ville de Montréal où il observe et absorbe la ville, les gens et ses contradictions.
Après l’obtention de sa licence ès lettres, il enseigne à l’Université à Québec et à Montréal, puis un travail chez H.R.W., éditeur de manuels scolaires. Il devient recherchiste à Radio-Québec en 1969. Henri Tranquille l’encourage à soumettre des nouvelles et Yves Beauchemin tiendra une chronique humoristique entre 1966 et 1969 dans la revue Sept-Jours.
En 1974, il fait son entrée sur la scène littéraire avec L’Enfirouapé qui lui vaut le Prix France-Québec 1975. Il enchaîne avec Le Matou en 1981. Un best seller. Il est vendu à plus d’un million d’exemplaires et porté à l’écran par Jean Beaudin en 1985 et en 1987, on peut visionner la série télévisée. Après plusieurs prix prestigieux, il entreprend l’écriture de Juliette Pomerleau publié en 1983. Encore une fois, Yves Beauchemin reçoit plusieurs prix. En 1996, paraît Le second violon. Il obtient le 4e grand prix des lectrices de Elle-Québec en 1996.
Il écrit également pour les jeunes. En 1991, Une histoire à faire japper, en 1992, Antoine et Alfred, en 1996, Alfred sauve Antoine et en 1997, Alfred et la lune cassée. En septembre 1993, Yves Beauchemin fera son entrée à l’Académie des lettres du Québec.
Les émois d’un marchand de café ne fait pas exception. Il vous charmera autant que Le Matou et Juliette Pomerleau.
Bonne lecture !
Francine Charrette
Club-Culture