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Michel
Lafon
Auteur : Gilles Van Grasdorff (spécialiste du Tibet)
235
pages
Il
était une des cartes maîtresses des Chinois dans leur processus de destruction
de la culture tibétaine. Qu’ils l’aient
reconnu, à l’instar des bouddhistes du monde entier, comme dix-septième
réincarnation du karmapa ne visait qu’à mieux le museler. Mais le jeune garçon n’a pas été dupe de la
« rééducation » communiste.
Dans son pays occupé, il a vu se perpétrer les manipulations, la
corruption. Alors, à quatorze ans, le
28 décembre 1999, le « petit Bouddha » s’est enfui de son
monastère-prison, enchâssé dans les montagnes.
Le
5 janvier, il rejoignait le dalaï-lama en Inde, à 1 400 kilomètres de ses
geôliers. Les caciques de Pékin n’en
sont pas revenus. Le reste de la
planète non plus.
L’auteur
nous relate cette étourdissante échappée vers la lumière dans les cols
enneigés, à la barbe des militaires qui sillonnent les pistes. Un récit empreint de poésie qui permet à
l’auteur de retracer la vie de cet enfant élu et toute l’épopée résistante qui,
depuis longtemps, galvanise les Tibétains dans l’espoir de retrouver un jour
les temples du Toit du Monde.
« Pour
nous, bouddhistes tibétains, la vie est aussi fugitive qu’un éclair dans le
ciel, parfois aussi violente que la tempête qui déchire nos montagnes. Je ne manquais jamais de me rappeler ce que
le Bouddha avait dit à ce sujet :
« Cette existence qui est la nôtre est aussi éphémère que les
nuages d’automne. Observer la naissance
et la mort des êtres est comme observer les mouvements d’une danse La durée d’une vie est semblable à un éclair
d’orage dans le ciel. Elle se
précipite, tel un torrent dévalant une montagne abrupte ».
Bouddha :
Ce
qui est né mourra,
Ce
qui a été rassemblé sera dispersé,
Ce
qui a été amassé sera épuisé,
Ce
qui a été édifié s’effondrera,
Et
ce qui a été élevé sera abaissé.
Le
lecteur passe en aller-retour dans les années de guerres au Tibet (1955-1956),
une guerre de vingt ans qui cessera avec la mort de Mao Tsé-toung, la
disparition des gardes rouges, en 1976, et avec le constat malheureux de
l’annexion totale du Tibet à la République populaire de Chine et le récit du
jeune dalaï-lama.
Les
pages 185 à 187, le discours du dalaï-lama sur la fuite du karmapa. Ce récit est également une dénonciation sur
l’ingérence des communistes chinois dans une question relevant du spirituel, du
seul bouddhiste tibétain. Enlevé
quelques jours après sa désignation, Guendun Chökyi Nyima est devenu le cœur
d’un enjeu subtil. Depuis le 1er
octobre 1950, le communisme chinois a fait cinquante millions de victimes. Vingt-cinq millions d’hommes et de femmes,
des enfants aussi, ont disparu dans les laogai, les camps et les
prisons-usines. Dans ces « goulags
chinois », encore aujourd’hui, il y aurait encore aujourd’hui, entre six
et huit millions de prisonniers dans ces camps, subtile synthèse entre les
goulags et les camps d’extermination des nazis où se commettent des crimes et
des tortures inimaginables. De plus, un
véritable commerce d’organes est habilement organisé sous la protection du
système. Plusieurs sont exécutés sur
simple demande d’un directeur d’hôpital, la méthode d’exécution variant selon
les organes que l’on veut prélever…..
Un
livre à lire, une histoire à découvrir, mise en perspective par un auteur
spécialiste du Tibet.
Bonne
lecture !
Francine
Charrette
Club-Culture