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Les bienveillantes

 

Auteur :   Jonathan Littell

 

Editeur :  Gallimard

 

894 pages

 

ISBN : 2078097X

 

Jonathan Littell est un auteur américain, d'expression française qui signe ici son premier roman à l'âge de 39 ans. Il est le fils de Robert Littell lui aussi écrivain, né d'une famille d'origine polonaise juive immigrée aux USA à la fin du 19ème siècle. Si la tragédie de la Shoa ne l'a pas directement touché,  il en fera le thème central de son premier roman. Hanté par la guerre du Vietnam il partira, après 3 années à Yale, en Europe dans les Balkans en plein conflit pour s'engager dans une action humanitaire (ACF) mais aussi au Congo, Tchétchénie, Afghanistan. En 2001 il décide d'arrêter son engagement pour se lancer dans la grande aventure qui lui tient à coeur, l'écriture de son roman.

 

Maximilien Aue est un pur produit de son époque, officier SS promis à un grand avenir au sein du Reich, de mère française et de père allemand il est brillant et a su se constituer un réseau d'amis efficaces. Mais voilà la guerre a été perdue c'est  aujourd'hui un homme discret chef d'entreprise en France qui décide de rédiger ses mémoires dans le seul but de mettre "les choses au point pour lui pas pour vous".  Dans un préambule déstabilisant,  il donne le ton "Je vis, je fais ce qui est possible, il en est ainsi de tout le monde, je suis un homme comme les autres, je suis un homme comme vous"

 

Max est homosexuel, un de ceux qui pratique la sexualité dénué de tous sentiments, comme une punition qu'il s'impose. Alors qu'il est soupçonné par un jeune officier qui l'interroge sournoisement, l'issue inévitable sera son engagement dans le Reich "et c'est ainsi, le cul encore plein de sperme, que je me résolu  à entrer au Sicherheitsdienst"  C'est sur le front de Stalingrad qu'il va apprendre ce qu'est la guerre, les soldats rendus fous par les conditions de vie misérable, les officiers ne pensant qu'à sauver leur vie, l'accomplissement d'une folie antisémite, qui si elle est partagée de tous, ne fait pas l'unanimité dans ces méthodes "Vous devez résister à la tentation d'être humains".

 

Viendront ensuite les camps avec ces ombres d'humains qu'il faut dépouiller de leurs derniers apparats, abattre en masse alors que les munitions manquent, trouver des solutions pour gagner du temps et être plus productif. Toutes ces horreurs commises, disséquées avec sang froid comme s'il s'agissait d'une banalité. Tout est orchestré, matérialisé et surtout extrêmement bureaucratisé. Les chiffres ont remplacé l'être humain sans aucune gêne, si les nausées accompagnent la vie de Max il ne remet pas pour autant le système en cause. "puisqu'il faut bien que quelqu'un le fasse"

Après la défaite de Stalingrad et la blessure dont il réchappe le revoilà à Berlin ou il va de fête en fête, prend du grade, mais reste prisonnier de son passé, celui où il vivait l'amour parfait avec sa jumelle, jusqu'à ce que sa mère le mette en pension pour cet insecte consommé, ce père qui les a abandonné et dont il ne sait rien. Tout est la faute de sa mère il en est convaincu. Ce personnage jusque là si froid commence à montrer ses faiblesses, celle d'un homme blessé qui vit dans le déni, rongé par un amour interdit et non partagé.

 

Petit à petit le Reich, cette figure paternelle à laquelle il montre déférence et allégeance s'effrite, la guerre va être perdue. Après une blessure il part en convalescence chez sa soeur, sa mère et son beau-père sont morts mystérieusement alors qu'il dormait à côté. Des policiers le soupçonnent et le harcèlent, il ne lui reste que cette soeur fuyante qui refuse de partager son amour malsain. Seul dans la maison de sa soeur  absente, il sombre dans une folie lubrique qui semble vouloir le tuer.  Les Russes sont entrés partout dans le pays et sans son ami Thomas venu le chercher,  il serait déjà entre leurs mains. Ils vont fuir pour rejoindre un Berlin enflammé ou règne une ambiance de fin du monde.

 

La fin est surprenante, déroutante et nous livre un homme qui n'en est plus tout à fait un. Il est difficile de rentrer dans le personnage au départ, il est froid, impersonnel, le ton qu'il utilise,  à la première personne du singulier, est distancié pouvant décourager le lecteur. Une fois cette barrière franchie on est embarqué dans une histoire bouleversante, choquante vu par les bourreaux de cette guerre qui a ébranlé le monde entier. Nous aussi nous perdons notre humanité à fréquenter de trop près celui qui traverse l'histoire autant que lui-même.

 

Nulle réhabilitation des bourreaux, mais une interrogation constante "qui aurions nous été dans de telles circonstances ?"

 

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Céline Zug

Club Culture