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Américanité

"Je pensais que mon père était Dieu"

anthologie composée par Paul Auster,

Actes Sud

460 pages

34,95 $

 

 

Américanité

 

Avez-vous entendu parler Paul Auster au Point au lendemain du 11septembre? Habituellement peu médiatisé, ce dernier racontait l’impuissance de l’écrivain devant ce phénomène qui a changé le cours de l’Histoire new-yorkaise, sinon celui de l’Amérique entière.  Et curieusement, dans ce dernier livre, "Je pensais que mon père était Dieu",l’auteur nous propose de revisiter la petite et la grande Histoire des États-Unis, par l’entremise de courts récits écrits par monsieur tout le monde, puis compilés dans cette anthologie de 460 pages.

 

Signant la préface avant de s’effacer tout à fait, Paul Auster raconte la genèse du projet : après une entrevue à la radio de NPR, l’animateur de Weekend All Things Considered lui demande s’il aimerait écrire puis raconter ses propres textes à la radio.  L’auteur refuse d’abord, alors que sa femme lui propose de faire écrire les auditeurs et d’en lire les textes.  Ainsi est né le National Story Project, qui a peu à peu prit l’ampleur d’un réel projet de l’écriture du pays par ses citoyens de toutes origines ou classes sociales confondues, à l’image de ce qu’on se fait de l’américanité.

 

Depuis 1999, l’auteur de la Trilogie new-yorkaise a donc passé des heures à lire, corriger et raconter à la radio les hauts et les bas faits de ses écrivains en herbe toujours plus nombreux, jusqu’à 4000 textes reçus, choisis puis compilés ici en 172 histoires parmi les meilleures.  Parce qu’il fallait que cette aventure marque son passage, tel un témoignage de plusieurs générations d’américains.

 

Quelles sont ces histoires?  Comme l’écrivait Paul Auster dans son court texte Pourquoi écrire?, la commande a d’abord été celle de son thème privilégié; celui de l’étrangeté de la vie.  "Des anecdotes révélatrices des forces mystérieuses et ignorées qui agissent dans nos vies, dans nos histoires de famille, dans nos esprits et nos corps, dans nos âmes.  En d’autres termes, des histoires vraies aux allures de fiction".  Regroupées par thèmes, ces courts récits offrent des anecdotes qui se transforment en reflet de société, telle cette histoire sur un membre du Ku Klux Klan révélé par son chien devant tout le village, soudainement mis à nu et démystifié, ou cette femme qui voulait manger le lapin de son amie et qui retrouve effectivement le lapin mort l’instant d’après.  Des moments où l’incommunicable se produit.  Cette veuve reconnaissant son mari dans les yeux d’un chien de ruelles. 

 

"Incroyables ironies, prémonition, chagrins", tout est là, lecture difficile à quitter tant la multiplicité et la diversité des voix nous entraînent dans un tourbillon étrange, dont celle du récit éponyme: le narrateur raconte que dans son enfance, un voisin grognon cachait les balles qui tombaient sur son terrain.  Un jour, le père du narrateur entend les hurlements du voisin et lui dit de s’écraser; le voisin devint alors "écarlate, et puis violet, se serra la poitrine des deux mains, devint gris et s’effondra lentement sur le sol.  Je pensai que mon père était Dieu.  Qu’il pût, en criant sur un misérable vieillard, le faire mourir sur commande, cela dépassait mon entendement".  Le mien aussi, sincèrement.

 

Sandra Fillion

Club Culture