

Pour présenter une oeuvre, pour en parler, il faut nécessairement lui trouver un genre, un moyen conventionnel de la situer pour, par la suite, oser une réflexion, répondre à une question grâce à ce retour systématique à la catégorisation. Or, le problème, si c'en est un, est de définir cet " essai ", lui trouver un genre alors qu'il n'en accepte aucun. L'auteur nous conseille : "
Considérez le voulez-vous bien ce texte tout simplement comme une oeuvre à l'oeuvre dans une oeuvre toujours à l'oeuvre même après la mort de son auteur nul doute on a affaire à l'oeuvre de la mort laquelle est un auteur anonyme et c'est de ça qu'il s'agit entrer dans l'anonymat et nommer ", son aide n'est malheureusement pas à la hauteur de nos espérances et l'utilisation du langage parlé québécois en tant que véritable écriture est un formidable moyen de brouiller les pistes...Cette oeuvre n'a pas de genre. De quoi s'agit-il alors ? S'agit-il d'une profanation ? D'une diffamation ? Provocation ? Mise à mort d'un mythe ? Un peu de tout ? Le texte de Bujold " hume et exhume " Gaston Miron, antipoète décédé, physiquement en tout cas. Véritable poème anti-poétique, l'auteur parle de lui à la première personne du pluriel : le nous incluant le très respectueux défunt.Pourquoi ? l'auteur répond lui-même à la question : "
Gaston mort, j'pouvais pâs dire c'est fini on passe à autre chose au contraire gaston n'aît pas fini gaston est toujours là ". Il y a eu mort d'homme mais pas mort d'âme, le pourquoi du comment est clair, lui : " Tuer ce qui est mort de miron et faire revivre ce qui est vivant de miron en toute co-naissance de cause et même en re-connaissance ".Sans
ponctuation, effet de style, avec fautes de grammaire, d'haurtaugraffe, inversions, barbarismes, néologismes...tout est bon pour exprimer la liberté de la pensée, surtout celle de Miron, anti-poète qui trouve sa raison d'être dans l'anti -conventionnel ou l'" anti " tout court. C'est donc sous aucune contrainte que Bujold expose ses pensées, mêlées des pensées de Miron, les plus dénouées, les plus fluides comme on raconterait une histoire ou comme on chanterait une mélodie quelque peu...anarchique.La construction grammaticale est inexistante, la construction sémantique, par ailleurs, de chaque mot est omniprésente, la recette de cette oeuvre aussi géniale que marginale se trouve sans aucun doute dans le sens plutôt que dans la forme. Or comme l'écrit W. M. Bujold, "
Appliquer la recette c'é tenir le grave et le léger ensemble avec une dissémination d'accentégus et quelques accents circonflexes à voix bâsse c'é dire combien toute oeuvre est hors d'oeuvre en elle-même et sur le bord de l'assiette sociale "...Bon appétit !Cette oeuvre est succulente, une épice dans le menu des essais que l'on peut lire habituellement. Elle mérite néanmoins un avertissement, elle est à prendre à la petite cuillère...
Izabel Viaud
Club-Culture.
