Laure Conan, Angéline de Montbrun

" J'aime ces nuits qui ressemblent au jour

Avec moins de clarté, mais avec plus d'amour. "

Née à la Malbaie en 1845, Marie-louise Félicité est l'une des premières romancières de la littérature québécoise. Son premier roman, Angéline de Montbrun, paru en 1882 sous le pseudonyme ``Laure Conan`` relate l'histoire des amours d'Angéline, avec pour toile de fond le Québec du 19ème siècle.

Angéline de Montbrun est un roman intéressant puisqu'il est à la fois l'héritier d'une tradition littéraire européenne, et le représentant de la littérature québécoise du 19ème siècle.

L'héritage littéraire.

Tout d'abord, sa forme, celle du roman épistolaire, rappelle les célèbres Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, auteur français précurseur du genre, parues, est-ce un hasard ? , un siècle exactement avant Angéline de Montbrun. Ainsi, les lettres se succèdent, nous permettant de comprendre les coeurs qui, sur papier, se livrent. De confidences en confidences, l'intrigue avance et explore l'âme humaine ; celle d'une jeune fille trop attachée à son père ; celle de l'amoureux qui essaiera, en vain, de consoler sa fiancée ; celle aussi de la libertine qui deviendra nonne...Cette analyse psychologique des coeurs et mouvements de l'âme est, elle aussi, un héritage ; celui laissé, par exemple, par Madame de la Fayette, auteur de la Princesse de Clèves (1678). Tout comme l'auteur français du 17ème siècle, Laure Conan met en scène une jeune femme amoureuse partagée entre le devoir (devoir de mémoire du père )et l'amour.

La toile de fond : le Québec du 19ème siècle.

Si la forme du roman s'inspire d'une tradition, celui-ci n'en reste pas moins original, puisqu'il est également un témoignage historique et " sociologique ".

Témoignage d'une époque, le roman nous permet d'imaginer, à travers le Québec et la région de Charlevoix, quelle pouvait être la vie au 19ème siècle tant du point de vue " sociologique" (vie quotidienne) que du point de vue des mentalités.

Une histoire d'amour.

Le roman Angéline de Montbrun, ne l'oublions pas, reste avant tout une histoire d'amour... l'histoire d'une jeune fille qui, effondrée par la mort de son père reste inconsolable, même par celui qu'elle aime. Ainsi, pensant déceler chez son fiancé moins d'amour qu'au début, Angéline choisira de lui rendre sa liberté en dénouant leur engagement. Cette étape est relatée dans la seconde partie du roman sous la forme du journal intime. Ainsi, Angéline nous ouvre son coeur et exprime à chaque instant sa douleur ; le roman prend presque la forme d'une complainte, d'un poème, où chaque sanglot nous rappelle qu'il est dur d'aimer sans souffrir.

Ainsi, à mi-chemin entre romanesque et histoire, entre tradition littéraire et culture québécoise, le roman se colore d'un ton tout particulier qui fait la richesse des oeuvres de Laure Conan.

Mathilde Henry

Club culture