
D'où vient Annie Galipeau, qui est-elle ?
Je dois clarifier certaines choses. Ma mère est Algonquine et mon père est Métis donc, cela fait de moi une vraie métisse. Puis, je vis à Maniwaki.
Quel est votre parcours jusqu'à Richard Attenborough ?
J'avais douze ans lorsque j'ai fait mes premières armes dans le cinéma. Le projet s'appelait " Map of the Human Hearth " (1990-1991). C'est ce projet que Richard Attenborough a visionné et c'est ce projet qui m'a fait connaître. La première fois que Richard m'a rencontré, j'avais 16 ans. Je suis venue à Montréal accompagnée de ma mère. Malheureusement, il m'a dit que j'étais beaucoup trop jeune pour le rôle qu'il entrevoyait pour moi. Je suis retournée chez moi déçue, les larmes aux yeux. J'espérais toujours que quelque chose se passe. Pour plusieurs raisons que je ne peux énumérer, le film ne s'est pas matérialisé et quatre années se sont passées. Un jour, le téléphone sonne et c'était Richard au bout du fil et il me demandait de le rencontrer à nouveau à Montréal. Je lui ai dit oui instantanément en ajoutant de me donner trois à quatre heures pour me laisser le temps de me rendre. J'étais folle de joie. Arrivée à Montréal, je me suis rendue à sa chambre d'hotel et c'est lui, personnellement qui m'a ouvert la porte et quand il m'a vu, ses yeux se sont agrandis, il m'a souri et il m'a avoué être un homme comblé. La question que je me suis posée, c'est la suivante : " Est-ce qu'il a pensé à moi autant que j'ai pu penser à lui durant toutes ces années d'attente ? Parce que quatre années, quand on attend, c'est très long. Et tout de suite, il m'a demandé si je pouvais faire un " Screen test pour le rôle. "
Qui vous dirigeait sur les plateaux de tournage ? Est-ce que c'était lui uniquement ou s'il y avait un assistant ?
C'est uniquement Richard Attenborough qui m'a suivi dès le tout début du projet.
Personnellement, j'ai constaté qu'il y avait un ton uniforme, très réservé pour ton personnage. Est-ce que cela appartient aux femmes autochtones ? Est-ce que cela a été voulu ?
Oui, c'est le personnage qui l'a voulu comme ça, parce que cette jeune femme était très très réservée. Elle pouvait être forte, drôle, pensive, déterminée mais surtout, réservée et effacée. Nous avons travaillé beaucoup ce personnage dans ce sens et toujours, en gardant présent à notre esprit, que cette femme était avant tout, une femme autochtone, réservée, toute en retenue.
Est-ce qu'il y a eu du doublage ?
Non, aucun. Il y avait une personne pour me remplacer au besoin, surtout dans la scène sur la rivière, pendant l'hiver, où je passe à travers les glaces. Je tenais absolument à faire cette scène. J'ai dit à Richard, c'est mon film, c'est moi que les gens doivent voir. Parce que je tenais à ressentir la peur, l'angoisse, la mort, l'angelure, tout.
Et c'est moi qui parle anglais, c'est ma voix. Pour ce qui est du français, je suis très déçue de ne pas le faire. Paraît-il, que mon français n'est pas international alors je n'ai pas le contrôle sur les décisions qui sont prises. C'est dommage ! Parce que cette femme ne parlait pas le français de France. Elle parlait comme vous et moi, je crois.
Je dois ajouter, que tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour Richard Attenborough. Je voulais lui montrer ce que je pouvais faire, je voulais lui dire merci de m'avoir fait confiance, de m'avoir redonné confiance. Il m'a fait tellement de bien !
Qu'est-il arrivé à Annie Galipeau pour qu'elle ait un si grand besoin de regagner confiance en soi ?
Pour moi, je suis demeurée inactive pendant plus de deux ans, j'avais peur, je ne savais pas si j'avais le potentiel, si on m'avait oubliée...Et, pour que Richard Attenborough me redonne confiance, je lui dois beaucoup. Il m'a donné une chance inouïe de me faire connaître non seulement ici, mais à travers le monde. Je vais avoir un visage connu et cela, je le prends à coeur, en plus d'avoir travaillé avec Pierce Brosnan comme partenaire de film, c'est un rêve, c'est incroyable ! Il est tellement humain, tellement gentil, il est tellement professionnel.
Avez-vous eu certaines réticences à l'intérieur du film concernant des scènes ?
Non, absolument pas. En tant qu'acteur, actrice, tout se passait dans les yeux. Nous ressentions très profondément les personnages et la chimie était là. Car, jouer pour Richard Attenborough, c'est très spécial. Avant de signer un contrat avec un acteur ou une actrice, pour lui, il sait exactement, avec précision, ce que ça donnera. Il visualise tout dans sa tête. Donc, nous ne perdions pas de temps. Tant et aussi longtemps que les acteurs n'avaient pas donné ce qu'il voulait de ses personnages, on continuait et on travaillait. Il est un merveilleux directeur. Il commande le respect, la générosité car il est lui-même tout ça.
Annie Galipeau a-t-elle été intimidée par Pierce Brosnan, l'homme et l'acteur ?
Ah oui ! En janvier 1998, lorsque je suis partie de la maison pour tourner un " Screen test " à Los Angeles, j'étais terrifiée à l'idée de jouer auprès de Pierce Brosnan. Je me disais que c'était tellement un grand acteur, un grand homme, il est si fort. Est-ce que je vais être capable ? Est-ce que je vais être assez forte pour finir le film ? Parce que oui, pour commencer c'est possible. Mais pour continuer jusqu'à la fin, suis-je assez forte pour le faire ?
Je me suis dit que si le projet m'étais offert, cela voulait dire aussi que j'avais tout pour le faire jusqu'au bout et rien ne pouvait m'arrêter. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai donné tout ce que je pouvais donner de moi.
Avez-vous une anecdote à raconter, qui se soit passée pendant votre tournage ?
Oui et cela s'est passé sur le plateau de tournage avec les castors. Depuis ce jour, j'ai ouvert les yeux sur l'univers des animaux, spécialement, les castors. Il sont magnifiques, sensibles, aimables, amicaux....Je les adore. Un jour, alors que la base de tournage déménagait sur une autre location, moi et une amie, étions dans une voiture. Mon chauffeur attire mon attention sur un animal qui déambulait sur le bord de la chaussée. Il pensait que c'était un chien bizarre. Il semblait écarté et déboussolé. J'ai alors crié que c'était un castor et pour ne pas l'écraser, nous avons arrêté la voiture immédiatement. Je ne voulais pas qu'il se fasse tuer par une voiture et encore moins par un des camions de l'équipe de tournage. J'en ai profité pour prendre mon appareil photo parce que je suis une passionnée de la photo et j'ai pris deux ou trois photos. Je le trouvais beau, je voulais le flatter, l'embrasser mais il était sauvage et je ne pouvais pas le toucher. Je voulais qu'il prenne la direction des bois mais il me suivait. Je faisais des " S ", il marchait sur mes pas en faisant des " S ". Les petits, dès qu'ils viennent au monde, ont l'odeur de leur mère et ils peuvent la reconnaître également par ses pas. Je ne comprenais pas pourquoi il me suivait à la semelle. J'ai tout essayé pour le diriger hors de la route. Je me serais sentie coupable de le laisser sur le bord de la route en sachant qu'il pouvait se faire tuer. Alors j'ai pris un manteau pour le recouvrir. Je l'ai finalement pris dans le manteau et je l'ai remis dans les bois. J'étais fière d'avoir accompli ma B.A. de la journée. Protectrice des castors.! Lorsque je suis arrivée à Richard, je lui ai raconté mon histoire et il me dit tout de suite que nous avions perdu un castor. Vous vous imaginez ma surprise, c'était lui et je ne m'en étais pas aperçue. C'était mon castor.
J'étais peinée mais heureuse de le savoir en sécurité dans son environnement. Parce que les castors ne perdent pas leur instinct animal. Je me suis dit aussi que ces petites bêtes n'avaient pas choisi de jouer dans un film. Ce ne sont pas des animaux habitués à se faire prendre. C'était excessivement important pour moi que Richard comprenne mon inquiétude et ma détermination de les savoir en liberté pour qu'ils puissent reprendre leur liberté.
Ils étaient mes bébés en quelque sorte et j'étais responsable de leur vie. Il n'était pas question de les mettre dans un zoo.
Décrivez-moi un peu votre milieu familial et social
J'adore vivre là où je vis. Les gens sont beaux, gentils, C'est calme, on entend le vent dans les arbres, on voit de grands espaces, de l'eau, c'est la nature et ça sent bon. J'ai une famille et des amis extraordinaires.
Sentez-vous que vous aurez à porter le poids de l'image de star, surtout à cause que vous êtes amérindienne?
Non, je ne crois. Je pense sincèrement qu'un acteur ou une actrice est en mesure de choisir et de transcender l'image que le public veut bien lui attribuer. Quand tu as lu ton scénario, que tu sais qui est ton personnage et que tu te sens bien dans ta peau, tu peux devenir ton personnage. Pas seulement une amérindienne. C'est très important qu'il n'y ait pas d'équivoque dans ta tête.
Quel rôle joue votre agent dans votre carrière ?
Oh! Ça, c'est crucial dans ma carrière. Pour moi, je crois avoir une agente en or, je l'adore. Elle est tellement intentionnée, maternelle. Je tenais à développer une relation extrèmement étroite jusqu'à devenir une amie avec mon agente. Une amie avant tout. Ce ne pourrait être autrement.
Qui, dans votre vie a été votre modèle pour le cinéma ?
Je ne sais pas parce que je n'ai jamais pris la décision de devenir actrice de cinéma. Cela s'est fait par pur hasard. Quand j'étais enfant, j'ai toujours voulu devenir vétérinaire parce que j'adore les animaux ou, technicienne en délinquance, pour les enfants à problèmes, provenant de milieu défavorisé. J'ai toujours voulu aider et faire la différence. J'aime les gens. Par exemple, vous vous intéressez à moi en tant que vedette, actrice mais je ne sais rien de vous, qui vous êtes, d'où vous venez, ce que vous aimez, etc..J'aime développer des liens. Moi, je suis encore très jeune, je n'ai pas beucoup d'expérience et je n'ai pas voyagé. Je trouve ça passionnant de vieillir et acquérir des expériences.
Êtes-vous consciente que dans le milieu artistique, les critiques peuvent être destructrices en plus d'être dans un monde d'artifices?
J'en suis très consciente que cet univers est impitoyable et impulsif. Je m'attends à de bonnes et mauvaises critiques. Mais les mauvaises critiques vont tout simplement me rendre plus forte pour le prochain projet. J'ai beaucoup de gens qui me supportent et me protègent. C'est correcte. Je ne suis pas de cours. Pour moi, tout vient de l'intérieur. Moi, je pleure souvent. Je pleure d'émotions, de rage, de bonheur, de tristesse, je ne garde pas de trop plein en-dedans, j'exprime tout ce que je ressens de bon ou de moins bon. Je suis une personne sensible. Je ne veux pas changer. J'aime toucher, j'aime embrasser les gens que j'aime. Ceci dit, je suis une personne qui a probablement fait le plus gros projet de sa vie. Ma vie est maintenant entre les mains de l'inconnu. Cet inconnu me fait également peur. Où est-ce que je vais ? Que va-t-il m'arriver ?
Que faites-vous pour vous protéger ? Pour aller chercher de l'énergie ?
Je crois que je ne peux que laisser cet aspect entre les mains d'un Être supérieur ou de mes anges. Je ne peux vraiment pas te dire, je n'ai aucune idée. C'est tellement nouveau, je vis encore dans un rêve. Je vis tellement dans un état d'euphorie que lorsque Pierce, Richard et moi sommes entrés dans le salon pour la séance d'entrevues, il y avait des gardes autour de nous, des photographes, des caméras, des journalistes avec des micros, il y avait tellement de monde que j'étais terrifiée. J'avais les mains moites, j'avais les jambes qui tremblaient, je transpirais et je ne pouvais dire un seul mot. On ne voyait rien avec les lumières, les " flashs ". Mais, le fait d'être assise près de Richard Attenborough, me sécurisait énormément.
Qu'est devenu Richard Attenborough pour vous, que représente-il ?
Ce qu'il est vraiment pour moi ? Il est celui qui m'a redonné espoir. Il m'a redonné une deuxième chance et il a changé ma vie complètement. J'aime cet homme profondément comme l'amour que je porte pour mes grands-parents. J'ai également beaucoup d'admiration et de respect. C'est tellement fort comme confiance que je me suis abandonnée totalement à tout ce qu'il me demandait de faire dans le film sans hésitation.
Est-ce qu'Annie est une fille qui se fie sur ses " feelings " ?
Oui absolument et complètement. Quand j'ai un " feeling " situé juste en haut, juste en-dessous des seins, cela est très positif. Quand j'ai un " feeling " bas, situé dans le ventre ou juste au dessous du ventre, alors c'est négatif.
Quand je rencontre quelqu'un, ce sont ces " feeling " qui me guident. Je me demande toujours comment je me sens avec cette personne, si je peux parler librement, si je peux la regarder dans les yeux. D'être capable de créer des liens avec une personne.
Aviez-vous entendu parler de Grey Owl avant le film ?
Oui. Quand j'étais enfant, mon grand-père m'en avait parlé. Je ne m'étais pas attardée sur le personnage parce que, quand on est enfant, on ne réalise pas..
Quelle est la scène la plus difficile que vous considérez avoir tournée ?
Sans hésitation, la scène de glace. Il y avait tellement d'émotion, d'intensité, de peur, d'engelure, d'envi de vivre.....Il faut retenir que c'est à ce moment précis que Grey Owl s'aperçoit qu'il est amoureux de cette jeune femme. Il réalise qu'il peut la perdre et cela, il ne le veut pas. Elle doit vivre.
Est-ce que cette expérience vous a changée ? Croyez-vous épouser une cause pour laquelle vous vous impliqueriez ?
Oui. Mais je ne suis pas pressée et de toute façon je ne saurais choisir laquelle. J'attends d'absorber tout ce qui m'arrive avant de regarder autour et savoir ce que moi je veux faire. Parce que, si je m'engage, ce sera du sérieux. Je suis une personne entière et mon engagement durera toute ma vie alors je dois prendre mon temps et voir clair en moi.
Est-ce que c'était la première fois que vous voyagiez si longtemps et si loin ?
Oui. Le tournage m'a permis de visiter une bonne partie du Québec et Los Angeles en Californie. C'était la première fois que je partais si loin de chez moi. Je suis allée à deux reprises en Angleterre, à Londres. J'aime voyager mais j'ai une phobie des avions.
À part le cinéma, qui est Annie Galipeau, que fait-elle d'autre ? A-t-elle des activités de détente ?
Certainement. J'adore la photographie et mon autre passion c'est l'être humain. J'aime être entourée de gens que j'aime et surtout d'enfants. Ma soeur est enceinte pour la première fois et elle doit accoucher très bientôt. Je vais être la marraine alors je prends mon rôle très au sérieux. Ce sera aussi une première comme tante. Je passe la presque totalité de mon temps avec ma soeur à la garderie et je m'assure qu'elle n'ait besoin de rien. Quand je regarde ces tout petits, je me dis que ce sont eux notre avenir donc ils sont très importants pour moi. J'aimerais tellement pouvoir leur donner de l'ambition. Aujourd'hui, la vie déboule si vite et les enfants n'ont pas beaucoup de temps d'être des enfants. C'est dommage parce que ce temps est si important pour découvrir..
Après cette expérience, qui va s'occuper de lire les scénarios qui peuvent se présenter ? À qui faites-vous confiance ?
Premièrement, tout ce qui regarde ma carrière, c'est mon agente qui s'en occupe, je lui fais entièrement confiance. Ensuite, la seconde étape est celle de la lecture. Je vais le lire et j'imagine que j'aurai une opinion ou un " feeling ". Et, Richard Attenborough m'a assuré qu'il serait là pour moi, à nimporte quel temps. Si j'ai besoin de son soutien, de son aide, de ses conseils, il m'a demandé de le rejoindre. Il sera toujours là pour moi, je le sais. Et cela, c'est précieux.
Annie Galipeau, merci et peut-être à bientôt sur nos écrans...
Francine Charette
Club-Culture
