Vues d’Afrique 2003

Vues d’Afrique 2003

Catégorie Cinéma Africain et Créole- Fiction

UNE MINUTE DE SOLEIL EN MOINS

de Nabil Ayouch

(MAROC)

2003- Durée : 100 min

 

Scénario : Nabil Ayouch, Malika Al Houbach

Image : Joël David

Montage : Vanessa Zambernardi

Interprètes : Nouraddin Ourahhou, Lubna Azabal, Hicham Moussoune, Noor, Mohamed Madj, Hammadi Tounsi

Production : BC Films-Paris

 

 

Synopsis :

Tanger. Kamel Raoui, un jeune inspecteur de police, est chargé d’enquêter sur la mort d’un important trafiquant de drogue assassiné dans sa villa. La première suspecte est son employée et maîtresse, Touria, une jeune femme qui vit sur les lieux du crime avec son petit frère Pipo. Alors que Touria est placée en garde à vue, Kamel recueille chez lui Pipo avec qui se tisse une forte complicité ; Par la force des choses Touria est amenée à les rejoindre.

 

     Le film commence comme un polar classique, avec un cadavre, un jeune flic taciturne, une belle suspecte qu’on embarque … Pourtant, très vite l’enquête policière va passer au second plan, servant seulement de fil narratif sur fond de trafic de drogue.

 

Le réalisateur s’attache à nous faire rentrer dans l’histoire des personnages. Le policier, Kamel, est en fait plus en quête de sa propre identité. Les rencontres qu’il fait à l’occasion de cette enquête vont jouer comme autant de révélateurs dans sa vie. Il y a d’abord Pipo, le jeune frère de Touria, enfant malade qui engloutit la vie avec voracité. Ce gamin joyeux(le jeune acteur est d’ailleurs excellent) parvient à le sortir de sa carapace taciturne, faisant ressurgir chez lui des sentiments qu’il semblait avoir perdus en chemin. La relation avec Touria est plus complexe car basée sur l’ambiguïté. Cette femme qu’il recueille chez lui, cette sœur prête à se sacrifier pour son petit frère pourrait tout aussi bien être une criminelle, agir par intérêt et être complice des trafiquants.

 L’ambiguïté colle au personnage de Kamel, y compris dans la relation amoureuse qui se noue avec Touria. La nature même de leur relation sexuelle est ambiguë. Les très belles scènes d’intimité sont troublantes, mais indispensables pour la compréhension du personnage. Comme si le cinéaste  jouait à le pousser dans ses propres retranchements.

Peu de mots seront échangés, mais l’étrange couple Touria-Kamel porte l’histoire dans les gestes, les regards, les non-dits. Le jour il la suit à son insu, la nuit elle se glisse dans son lit en silence. Elle porte en elle une angoisse terrible, objectivement liée à la grave maladie de Pipo, mais laissant supposer d’autres secrets qui tourmentent Kamel autant qu’ils le fascinent. 

 

Le traitement filmique, les choix esthétiques semblent par contre ne pas porter suffisamment le film dans le rythme qu’il aurait pu trouver. Peut-être le désir de respecter son choix du genre « film policier » a -t’il emprisonné le cinéaste dans un style narratif qui dessert le vrai contenu de l’histoire. Ce qui se veut une forme de modernité, un montage « visible » ne fonctionne pas vraiment. Par moments toutes les ficelles  visuelles du clip  sont au rendez-vous, flashs, ralentis, effets de flou ou d’incrustation,  une vraie panoplie de petit apprenti sorcier! Malheureusement une musique redondante associée à  un montage frénétique  ne suffisent pas pour qu’un film trouve un rythme et un ton juste. C’est comme si le réalisateur courait après une histoire qu’il n’a pas envie de raconter, l’intrigue policière prétexte devient pesante quand elle revient comme une enveloppe vide, puisque le vrai propos d’auteur est ailleurs, dans le regard sur les personnages. La preuve en est dans les quelques séquences oniriques qui, elles,  ne semblent nullement décalées. L’émotion est présente dans ces images, comme elle l’est dans les moments de complicité, racontés avec simplicité, sans maniérisme par une caméra moins hystérique. Un film qui finit malgré tout par nous toucher, une fois l’agacement oublié.

 

Un film qui a également suscité une belle polémique au Maroc, qui n’est pas sans rappeler celle provoquée par La porte close d’Abdelkader Lagtaa. Cependant malgré le tollé des intégristes devant « des scènes de débauche »- un scandale sous couvert d’art, selon eux-Une minute de soleil en moins a échappé aux ciseaux de la  censure.

 

Nabil Ayouch est né à Paris en 1969, de père marocain et de mère française.  Après plusieurs courts métrages  il réalise en 1997, Mektoub, son premier long métrage, qui représente le Maroc à l’Académie des Oscars en 1999.

Vient ensuite Ali Zaoua, film très remarqué (pas moins de 38 prix internationaux!)

Une minute de soleil en moins a obtenu le Prix des Industries Techniques au festival de Montpellier (France) en 2002.

 

Mariette Gutherz

Club-Culture