
Réalisation :
Erica Pomerance
Scénario : Erica
Pomerance/Image : Erica Pomerance et Bill Kerrigan/Montage : Danielle
Gagné/Musique : Nathalie Dussault
Production : Virage (Québec) Sud
Cap Production (Tchad)
Pendant que des hommes se disputent territoire et
pouvoir dans plusieurs régions d'Afrique, un nombre croissant de femmes
africaines sont engagées dans un tout autre combat, celui de l'éradication des
mutilations génitales féminines.
La mutilation génitale féminine est toujours pratiquée dans 26 pays d'Afrique où, chaque année, deux millions de fillettes subissent l'excision ou l'infibulation, pratiques qui consistent en l'ablation partielle ou totale des organes génitaux. Il en résulte de multiples traumatismes physiques et psychiques qui affectent profondément la vie sexuelle et reproductive. Or, cette tragédie ne concerne pas que l'Afrique. De nombreuses femmes mutilées demandent l'asile politique en Occident pour protéger leurs propres filles du même sort. DABLA! EXCISION raconte l'histoire de femmes qui mènent cette lutte courageuse, montrant leurs motivations et les obstacles auxquels elles se heurtent. Tourné principalement en Afrique de l’ouest -au Mali et au Burkina- ainsi qu’au Québec, le documentaire suit le progrès de la campagne menée par des africaines dynamiques avec l'appui d'ONG et d’agences internationales.
" DABLA " – ce mot
bambara qui signifie cesser - est le cri qui résonne à travers le Mali, où 90%
des femmes sont encore excisées d'office. C’est au début des années 1996
qu’Erica Pomerance a entamé le tournage de ce documentaire. Elle est partie à
la rencontre de celles qui luttent pour
faire « déposer le couteau »afin que cessent ces pratiques de
mutilation.
Fatoumata Siré Diakité, au
Mali, se bat pour un projet de loi visant à interdire l’excision. Son
association s’occupe de la reconversion des exciseuses leur permettant
désormais de gagner leur vie dans l’artisanat et l’élevage. Liliane Côté, une
coopérante canadienne, appuie le travail des comités nationaux dans la lutte.
Avec un minimum de ressources, elle tente de venir en aide aux femmes mutilées
ayant besoin d'interventions chirurgicales. Nathalie Hamel, au Burkina Faso est
une jeune coopérante du CUSO Québec qui travaille avec les femmes de la
Fédération NAAM, un important mouvement de sensibilisation contre les mutilations.
Le Burkina est le premier pays en Afrique de l'ouest à avoir voté
une loi contre l'excision.
La lutte commence à porter ses fruits.
Une chorale de fillettes chante de joie lors d'une cérémonie officielle
marquant l'abandon de l'excision dans un village. Des pièces de théâtre hautes
en couleur déclenchent de vifs débats publics sur ce sujet autrefois tabou. Un
conteur Dogon offre sa version radicale des origines de l'excision: l'homme,
craignant la sexualité de la femme, aurait ordonné à celle-ci de couper le sexe
de ses semblables.
A Montréal, Guéda Keita , une
étudiante malienne en sciences infirmières, entreprend une enquête à ce sujet.
Elle interroge des médecins, chercheurs et intervenantes sociales qui
travaillent avec des femmes excisées et infibulées. Elle s'informe de la
situation des femmes africaines qui cherchent asile au Canada, fuyant la menace
d'excision.
DABLA! EXCISION est avant tout un film
outil qui veut faire sortir de l’ombre et du silence ces pratiques de mutilation en mettant surtout l’accent sur les conséquences désastreuses
qu’elles entraînent pour la vie sexuelle
et pour la maternité. De jeunes filles s’expriment sur l’ignorance dans
laquelle elles ont été maintenues face à cette destruction de leur intégrité
physique. Une hallucinante mais bien réelle discussion entre hommes montre
comment cette pratique leur est nécessaire pour conserver leur pouvoir de mâle
dominant car « une femme non excisée sera forcément frivole ».
D’autres hommes sont prêts à coopérer pour rejoindre le travail des femmes dans
l’éducation des jeunes générations. Une ancienne exciseuse, qui a failli perdre
sa propre fille, sillonne les routes du pays pour dénoncer les mutilations et
leurs conséquences dramatiques.
Pas de voyeurisme dans ce film (même si certaines scènes sont
éprouvantes) où la réalisatrice enquête
également sur l'origine et la
mythologie de cette pratique ancestrale animiste. Car il n’est prouvé nulle
part que le Coran recommande la pratique de l'excision; pourtant des factions
traditionalistes persistent à la proclamer un devoir de purification pour
chaque femme musulmane.
Aujourd’hui cependant
plusieurs chefs spirituels admettent que l'excision n'est pas un devoir
religieux. Mais au nom de la tradition patriarcale, des pressions familiales
contournent la loi et certaines excisions continuent à se pratiquer en
cachette.
Le documentaire d’Erica
Pomerance ouvre avec clarté le débat :est-ce que les lois suffisent pour
décourager la pratique? Ou est- ce que la mutilation demeure un secret si bien
gardé que personne n'arrive à la dénoncer?
Mariette Gutherz
Club-Culture