CONSPIRACY OF SILENCE

CONSPIRACY OF SILENCE

(Conspiration du silence)

 

Cinémas d’Europe

Festival des Films du monde 2003

 

Genre :  drame psychologique

Durée :  95 minutes approx

 

Réalisateur et scénariste :  John Deery

Musique :  Stephen W Parsons et Francis Haines

Distribution :  Jonathan Forbes, Jason Barry, Brenda Fricker, Hugh Bonneville, John Lynch, Jim Norton, Sean McGinley, Harry Towb, James Ellis, Hugh Quarshie, Niall O’Brien, Catherine Cusack, Elaine Symons, Tommy Carey, Patrick Lynch, Christopher Dunne

 

Excellent ! (Thème controversé)

 

Synopsis

À la suite de deux incidents controversés, une situation délicate se produit au sein de l’Église catholique irlandaise :  le suicide de Frank Sweeney, prêtre dans une paroisse, et l’expulsion, dans un séminaire proche, de Daniel McLaughlin, jeune stagiaire aspirant à devenir prêtre, accusé d’avoir cédé aux avances d’ordre sexuel d’un de ses collègues de sexe masculin.  Daniel retroune donc dans sa famille en disgrâce où il est tout de suite partagé entre son désir ardent de retourner au séminaire et de devenir prêtre, et la possibilité d’épouser son ancienne petite amie Sinead, la femme qu’il aime.  Entre-temps, David Foley, le journaliste du journal local, est convaincu que la mort de Sweeney et l’expulsion de Daniel ont quelque chose en commun.  Le père Matthew Francis, ancien prêtre et amant de Sweeney, aide Foley à consolider ses soupçons faisant croire qu’il s’agit d’une affaire que l’Église essaie d’étouffer.  Tenant désespérément à être disculpé et rétabli dans ses fonctions, Daniel accepte de parler à Foley.  Mais de plus en plus, l’Église serre les rangs et Foley et sa famille sont menacés.  Toutefois, au cours d’un débat télévisé portant sur le célibat au sein de l’Église catholique contemporaine, la vérité sur le suicide de Sweeney est enfin révélée au grand jour.

 

Le film porte sur le célibat des prêtres, un thème très actuel, surtout en ces temps de grands bouleversements à l’intérieur de l’Église catholique – scandales sexuels, abus de pouvoir, fraudes, les relations sexuelles dévientes et/ou extra-maritales, le SIDA etc….

 

Tous les points de vue sont présents – ce n’est pas un film à scandale – la religion catholique n’est pas en cause ce sont plutôt, l’hypocrisie, le mensonge, le silence et les crimes commis par ses représentants décideurs – des dictateurs imbus de pouvoir à n’importe quel prix.

 

Un scénario intelligent, des dialogues percutants, une mise en scène respectueuse mais néanmoins dénonciatrice des tergiversations et des crimes commis par des hommes d’Église…..

 

La relation amoureuse d’un prêtre avec une femme et les enfants issus de cette relation, l’homosexualité, la déviance sexuelle répandue chez les prêtres et le SIDA.  Tous ces sujets et bien d’autres, tenus sous silence. 

Il faut le dénoncer, il faut en parler, il faut y remédier.

 

C’est ce que John Deery a brillamment réussi !

 

Fait avec amour et intelligence, ces situations se retrouvent au centre de l’histoire avec Daniel McLaughlin et Frank Sweeney, tous deux du même séminaire….

Alors que Frank Sweeney se suicide en se faisant sauter la cervelle, Daniel McLaughlin est surpris par un surveillant du séminaire quand il sort de la chambre d’un de ses collègues après une brève altercation…..Le problème est qu’aucun des séminaristes n’a le droit de se retrouver seul avec un collègue dans une chambre sans la présence d’une tierce personne……

Pourquoi cette règle ?  C’est que ce prêtre saute immédiatement aux conclusisons les plus sordides et les plus abjectes – ils ont eu des relations sexuelles.

Une paranoïa qui a des conséquences néfastes :  ils sont tous les deux renvoyés sur le champ.

La seule preuve que la direction accepte est celle du prêtre surveillant.  Ils ne peuvent se défendre.  La décision est finale.

 

Daniel reçoit le support d’un prêtre à l’intérieur du séminaire mais rien n’y fait.  Il retourne dans sa famille en disgrâce. 

Son père et sa mère n’en reviennent pas.  Ils ont honte, ils se demandent ce que les gens vont dire etc….pendant que Daniel souffre de cette injustice et se demande comment faire pour prouver son innocence et retourner au séminaire pour devenir prêtre…..

 

Nous assistons au drame de beaucoup de jeunes hommes désireux de devenir prêtre, à la condition de pouvoir avoir le droit de se marier et de fonder une famille tout en servant sa foi.

L’autre volet, celui de l’homosexualité, est encore plus sombre puisqu’il suppose le péché, la déviance et le SIDA….bien entendu, ces situations existent mais on nie, on détourne la vérité, on garde le silence le plus complet.  Le suicide de Sweeney vient changer la donne.  Un journaliste curieux et déterminé décide de remonter au tout début de cette histoire.  Plus il cherche et plus il découvre.  Plus il découvre et plus les menaces se font de plus en plus pressantes.

 

Un film présenté en première nord-américaine….

Un premier long métrage pour John Deery.

Cette histoire se passe en Irlande où la religion catholique influence toujours les institutions politiques, sociales et économiques du pays en passant par les familles.  Le changement s’il en est un, peut être long et périlleux, surtout quand il s’agit d’une institution religieuse – le fondement même de tout un peuple.

 

Après « Magdalene Sisters », voici un film magnifique sur la situation de la prêtrise aujourd’hui.  « Conspiracy of Silence » - une incursion brutale au cœur même de l’Église, une dénonciation sur les pratiques injustifiables de prêtres à des postes stratégiques à l’intérieur d’une institution sacrée.  Les propos ébranlent les fondements, remettent en question l’honnêteté et le bien fondé de ses politiques où tous les points de vue y sont présentés.

Un film qui suscite un intérêt particulier parce qu’il ouvre la porte à un vrai débat, pose les vraies questions, parle des vrais problèmes.

 

Un film d’actualité, émouvant.  Le traitement est honnête, sans excentricité, sans sensationalisme, sans prendre partie pour l’un ou pour l’autre.  Ici, on fait abstraction de la soutane !  C’est plutôt à la vérité, à l’honnêteté, à la générosité, à la dignité et à l’intégrité de la personne que l’on s’adresse.

La corruption est au cœur même du film !

 

Acteurs et actrices :  excellents

Scénario et dialogues :  excellent

Éclairage, Image – mise en scène :  excellent

 

John Deery a osé dire ce que beaucoup pensent tout bas.  Il est question ici d’un combat qui dure depuis la nuit des temps entre le bien et le mal, l’ange et le démon.

C’est classique !

Mais, il fallait le faire !

 

John Deery :  comédien de formation, John Deery devient plus tard assistant réalisateur.  Ce qui, petit à petit, le conduit à poursuivre une carrière dans la production, la scénarisation et la mise en scène.  Il signe des films pour le Parti travailliste et pour certaines centrales syndicales importantes du Royaume-Uni.  Il a également réalisé pour la télévision japonaise un documentaire sur la situation actuelle dans l’Irlande du Nord.

Le scénario de «Conspiracy of Silence » lui a valu le International Screenwriting Award.

 

Très bon film !

J’espère que vous aurez l’occasion de le voir sur grand écran.

 

Bon cinéma !

Francine Charrette

Club-Culture