
LA MAISON DU CANAL
(film
hors concours)
Cinémas d'Europe
Festival des films du Monde 2003
Réalisation : Alain Berliner (1998-La Mer, 2000-Passion of mind/D’un rêve à l’autre)
Scénario : Dominique Garnier, Alain Berliner d'après : Georges Simenon,Image : Walter Vanden Ende, Son : Frank Estruys, Décors : Marc-Philippe Guerig, Montage : Frédéric Fichefet, Musique : Vincent D'Hondt
Interprétation : Jean-Pierre Cassel, Isild Le Besco, Corentin Lobet,
Nicolas Buysse
Genre: suspense / drame psychologique
Durée: 100 minutes approx.
Synopsis
Une
jeune fille de seize ans vient de perdre ses parents. Elle est obligée
d'aller vivre dans une ferme isolée en campagne, au bord d'un canal en
Flandres. En compagnie d'une tante et de deux cousins chez qui elle va déchaîner
des comportements d'une violence incontrôlée.
La soeur de la mère de la jeune orpheline l'accueille dans sa
famille. La jeune Edmée a perdu sa mère et son père - médecin - est mort
il y a seulement deux semaines. Gâtée, Edmée nous apparaît comme une
jeune fille indépendante mais également fragile, solitaire et plutôt
mystérieuse. Venue de la ville, elle se retrouve dans un endroit
complètement isolé parmi des gens qu'elle ne connaît pas et qui parlent
un dialecte qu'elle ne comprend pas . Seule du jour au lendemain, elle
n'a pas le choix. Elle accepte l'invitation.
N'ayant jamais mis les pieds dans une ferme, Edmée est dégoûtée par tout
ce qui l'entoure. Incapable de travailler dur, elle se montre détestable,
au point de ne pas faire sa part quand il s'agit de nourrir les
poules.......Toute cette mise en scène est centrée sur la nature même des
personnages et surtout sur le personnage central d'Edmée. La moitié du
film est basée sur les relations des personnages secondaires avec Edmée:
leur nature, leurs forces et leurs faiblesses.
Une histoire morbide au goût de légende. Le triangle classique sur
fond de jeu: séduction et réjection, manipulation et
désir. Deux cousins - deux frères - deux personnalités différentes qui se
confrontent pour gagner le coeur de la belle.
Comme introduction, nous suivons Edmée lorsqu'elle pénètre dans sa nouvelle
demeure, amenée par son cousin Jeff. La caméra passe de ses yeux au sol -
elle suit les traces de sang, lesquelles nous amènent sur la table de la salle
à manger où agonise son oncle....Edmée est encore témoin d'une mort
violente. Fragilisée, une lueur étrange s'installe dans ses yeux, un état
dénué de toute émotion. Edmée se protège en se construisant un mur
d'indifférence, utilisant son pouvoir de séduction.
Une mise en scène troublante, à cause des personnages: la
belle Edmée - seize ans mais déjà femme à faire tomber les hommes sous son
charme. Jeff, le cousin solitaire, bizarre, silencieux, homme à tout
faire, considéré par son frère comme un "simple d'esprit". Il
traque les écureuils et devient le chevalier servant d'Edmée. Elle le
surnomme "Quasimodo". Puis il y a le frère aîné, l'héritier du
domaine - un jeune homme irrespectueux et alcoolique, dilapidant la petite
fortune de la famille et de l'oncle Louis dans les bordels. Entre lui et
Edmée c'est l'amour/haine. Un amour sauvage et brutal. En sa
compagnie, Edmée devient une ensorcelleuse, une séductrice, une diablesse.
Intransigeante et manipulatrice, Edmée s'impose petit à petit..
Malheureusement, un événement tragique survient qui les hantera à jamais!
Edmée, personnifiée par, Isild Le Besco. Un rôle majeur et difficile à
interpréter parce qu'elle doit jouer sur plusieurs plans à la fois. Une
performance vibrante d'émotion, Isild ne quitte jamais l'écran pendant les 100
minutes. Son interprétation est subtile, toujours à fleur de peau.
Elle est à la fois fragile et dure, ingénue et séductrice, capable de douceur
et de cruauté......Une force contenue.
Le rôle de Jeff est admirablement interprété par Corentin Lobet. Il joue sur
deux plans; celui du simple d'esprit et du jeune homme intelligent mais
naïf. Il ne fait que jouer le jeu du fou qu'on lui attribue dans la
famille et dans le village.
Photographie magnifique. Des matins brumeux sur le canal, des
randonnées dans les bois et les clairières toujours humides, une allée de
peupliers longeant le canal.....Un décor pittoresque.
Le son manque de clarté. Parfois, les mots sont incompréhensibles comme
des chuchotements.......
Certaines scènes manquent d'originalité. Répétitives, elles alourdissent
le déroulement du film et brisent le rythme.
Un événement survient: une énorme péniche fait naufrage et se brise
bloquant complètement la navigation. Un naufrage inexpliqué...Dans un
canal où il n'y a pas d'obstacle, pas de vagues....carrément improbable.
Comment et pourquoi ? On ne le saura jamais.
Une scène tout à fait inutile. Elle n'aurait pas été là que ça n'aurait
rien changé au déroulement du film. Elle ne fait qu'agacer le spectateur.
Un bon scénario mais il manque un "je ne sais quoi".
On attend et on pressent quelque chose qui se présente à la toute fin mais même
cette scène ne suffit pas à nous combler. Peut-être y a-t-il trop de
questions laissées sans réponses ou est-ce moi qui en attendait trop ?
Tout de même un film intéressant avec de jeunes acteurs qui ne
manquent pas d'audace, ni de talent.
À surveiller cette année sur grand écran !
Bon cinéma !
Francine Charette
Club-Culture